samedi 20 juin 2020

"Chroniques Insulaires". 2030.

Merci Géocédille ! (Ici)




Première partie.

"La caravelle"

Lundi 1er juillet 2030

L'ile commence à se préparer pour la saison estivale. Au port, la caravelle a multiplié ses trajets avec le continent pour répondre à la demande des estivants. Il y a désormais deux liaisons par semaine quand les vents sont favorables.

J'attends mon ami Thémistocles qui viens d'Athènes assis dans l'ancien terminal des ferries.
Ca me rappelle le temps ou les touristes descendaient en nombre des Superferry, BlueStar et l'autre compagnie, comment s'appelait-elle déjà ? Fastferry ? Ca fait seulement 5 ans qu'elles ont fait faillite mais ça semble déjà faire partie d'un passé lointain.
Plus qu'un passé, une autre ère. Le temps est une chose étrange. Parfois il se condense et en un battement de cil, le monde que vous connaissez a disparu puis ensuite il se dilate. Tout devient d'une lenteur que n'en finit jamais.
Tenez, prenez par exemple, le Théotokos. C'est le nom de la caravelle. On attendait Théotokos pour mardi, mais voilà, le gros temps s'est levé et il y a eu de la houle toute la semaine. Ce matin le meltème s'est calmé et on attendait le Théotokos pour le soir mais Andréas l'a vu tirer des bords au large du cap Saint-Nicolas et la nouvelle de son arrivée imminente s'est répandue comme une trainée de poudre dans le port.

C'est que qu'après plusieurs jours d'isolement, son arrivée est attendue par tous. La frêle caravelle n'assure pas la liaison avec la régularité des anciens ferries qui sortaient avec des vents de 7 à 8 beauforts.

Thémistocles m'a appelé pour me dire qu'il avait trouvé les panneaux solaires que je lui ai demandé de me ramener du continent. Et ça c'est une sacrément bonne nouvelle.
La tempête m'en a cassé deux ce printemps. Il faut dire, les tempêtes, c'est devenu monnaie courante surtout l'hiver et en conséquence les périodes d'isolement se multiplient.
L'île a dut s'adapter produire presque tout sur place. Presque tout, des panneaux solaires, on n'en trouve plus depuis belle lurette. Pas seulement ici. Nulle part depuis que la révolution des cercueils a secoué la Chine et que Fong Leu le nouvel empereur chinois a fermé les frontières.

C'est incroyable comment l'effondrement de la Chine a changé la face du monde. Tout venait de là-bas. La vitesse à laquelle le parti communiste chinois a perdu le contrôle du pays a pris le monde de cours.
Les dirigeants sont tous morts lors de la grande épidémie de Pékin et le chaos s'est généralisé. Quand la famine s'est abattue sur la capitale, ça s'est vite transformé en massacre généralisé et en affrontements entre factions de l'ex-armée rouge. Fong Leu s'est imposé car il avait le contrôle du stock de pétrole de l'armée. Quand il est entré dans la cité interdite, elle avait été transformée en lieu de stockage pour les cercueils destinés aux morts de l'épidémie. Les cercueils n'ont jamais servi. Trop de morts, pas assez de vivants pour s'en occuper. Les Chinois ont fait des fosses communes, des buchers géant, sur internet on a vu les fleuves charrier des milliers de corps.

La disparition de l'usine du monde a mis deux mois à se faire sentir dans le reste des pays. Les super cargos chargés des conteneurs expédiés avant le chaos chinois continuaient d'arriver dans les ports occidentaux et déchargeaient les produits fabriqués par des usines qui n'existaient plus.
La société de consommation s'est jetée sur ces derniers iPhones avec la délectation d'une ultime orgie romaine avant que les barbares n'entrent dans la cité.

Puis ce fut le grand calme.

A suivre...



(Enfin, si le dernier operateur 4G du coin n'éteint pas son pylône.
Vodaphone et Wind c'est fini. Ils ont éteint leurs relais GSM. Pas rentable. 
Il reste Cosmote. Ils ont une obligation de service public, mais la puissance est faiblarde.)

———- Déjà à Atlanta, il y a dix ans, la foule exprimait ses frustrations en zones urbaines :


Spéciale dédicace à la jeune fille qui, une balle dans la cuisse, téléphone sereinement aux secours. 

19 commentaires:

  1. Pour ceux qui ont du mal à comprndre ce qui ce dit :

    - A girl was shot! Oh shit! A girl was shot!
    - Oh shit! Was it a white guy? Oh shit! Oh Shit! Was it a white guy?
    La fille :
    - It was a black guy.
    - Oh shit! Oh shit!

    No comment.

    RépondreSupprimer
  2. Merci pour la publication et les corrections Wendy, :-)

    Pour info, la note à la fin sur Cosmote Wind et Vodaphone ne fait pas partie de la fiction... :-D

    Wind et Vodaphone ont déjà éteint leur relais GSM depuis la fin de l'été dernier. Pas rentable. J'attends de voir s'ils les rallumeront cet été pour la saison touristique.

    A part ça les personnages et événements décrits dans cette fiction sont purement imaginaires. Je ne suis ni voyant extralucide ni membre d'une société secrète. Je n'ai pas de machine à voyager dans le temps ou à envoyer des emails dans le passé.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. On vit avec de tels fous que tu es obligé de rappeler que c’est un texte de fiction ?!?

      Dure réalité de 2020 !

      Merci à toi, Géocedille !

      C’est un beau texte et nous attendons la suite....;)

      Supprimer
    2. Ben dans les chapitres suivant y'en a dès qui pourraient se reconnaitre et se croire diffamés.

      Supprimer
    3. Quiz : Sauras-tu identifier le prochain empereur de Chine parmi ces profils facebook?

      https://m.facebook.com/public/Leu-Fong

      Supprimer
    4. :)

      En 2030, sur l’île, l’ambiance est plutôt calme et amicale.

      C’est entre 2020 et 2030 qu’il y a eu la purge ?

      C’était bien la « transition » le problème.

      Avant et après les humains reprendraient leur quotidien. Chacun à ses activités.

      La mer Méditerranée reverra ses poissons, les barques de pêche refleuriront.

      Plus de travail pour assurer la subsistence c’est moins d’internet.

      Moins d’humains c’est davantage de rapports sociaux.

      Finalement il n’y aura pas eu d’attaques atomiques.

      Il n’est pas si terrible que ça, le monde sans pétrole.

      ;)

      Supprimer
    5. La bombe atomique, c'est inutile dans un affrontement interieur.

      2e partie

      Le regard des lapins dans les phares.

      https://aws-cf.caradisiac.com/prod/mesimages/200660/lapins1.JPG2..jpg

      Au début, tout continua comme d'habitude. Peu à peu, cependant, sur les rayons des magasins, l'espace vide se mit à augmenter. Les employés comblaient le vide en étalant les produits restants, laissant le fond des rayonnages vacants. Bientôt on se mis à remplir des rayons entiers de supermarchés de bouteilles d'eau minérale. Les bouteilles remplirent bientôt la grande majorité de l'espace des grandes surfaces mais chacun faisait comme s'il ne remarquait rien. Comme des lapins pris dans les phares la population ne savait pas quoi faire de cette situation nouvelle qui lui était tellement étrangère. Jamais ils n'avaient eu à se préoccuper de comment ce qu'il consommaient étaient produits. Ou du moins, quand ils s'y intéressaient c'était avec le regard sévère du consommateur exigeant et aguerri à l'art de bien consommer : Est-ce bien bio? Est-ce que cela n'a pas contribué à la déforestation de l'Amazone? Il y avait l'expert en débusquage d'huile de palme. Le militant de l'emballage recyclable. La consommatrice soutenant l'économie équitable. Les pourfendeurs du gavage des canard. Mais rien dans leur existence ne les avait préparé à des étals tous simplement vides.

      Le prix de ce qui restait flambait mais étrangement ce n'était pas vraiment un problème. L'argent était devenu totalement numérique, ce qui empêchait tout bank run. Mais le bank run n'était pas le problème. Les gens avaient trop de fric car ils ne trouvaient plus de quoi le dépenser. L'envie de dépenser elle même s'était étrangement évanouie. L'avenir était inimaginable. Toute leur vie, on leur avait suggéré quoi penser. La pub leur disait ce qui était à la mode. Ce qu'ils devaient acheter pour être 'in'. Ce qu'il fallait jeter car c'était 'out'. Les présentateur de la télévision leur disaient ce qui était bien ou pas bien. Les people leur montraient la voie à suivre. La direction du progrès. Même quand on leur avait parlé de l'urgence climatique c'était pour leur suggérer immédiatement le produit ou le service ecolo performant. Leur liberté c'était choisir entre des solutions toutes faites et c'était confortable. Mais là, soudain, sans crier gare, personne ne leur suggérait plus rien.

      La pub bien sûr continuait de leur susurrer à l'oreille que la dernier SUV hybride allait sauver les ours blancs tout en réglant leur crise de la cinquantaine. Les états leur faisaient des conditions de reprise irrésistibles et les banques des conditions de paiement avec des taux négatifs. La Pardashian twittait ses fesses nouvellement refaites pendant que Threta Gunberg, la jeune président de la Commission Européenne interdisait le transfert de migrants vers les Amériques autrement qu'en voilier.

      Supprimer
    6. ... Mais en dépit de toute cette agitation rien ne les atteignait plus. Ca ne répondait pas à leurs questions. Personne posait d'ailleurs LA question, ni parmi les médias, ni parmi les politiques. Les citoyens eux mêmes en étaient bien incapables. La demande en produits manufacturés et en service étaient en chute libre. Les gens achetaient juste de quoi manger. Du moins tant qu'il y eut a manger.

      A la fin de l'année fiscale suivante les faillites ont commencé. Tous les grands distributeurs ont mis la clef sous la porte. De Wallmarck à Catrefour, de la Suède au Cap. En à peine quelques jour des milliards de gens n'ont plus su comment se ravitailler. Les bons de nourriture généreusement octroyés par les états et les ONG ne servaient à rien. Les soupes populaires fermèrent faute de soupe.

      Au bout de trois jours les émeutes ont commencé un peu partout en Occident dans les 'zones sensibles'. A l'exemple de ce qui avait été testé à Seattle, la police a quitté les lieux. Des Zones Autonomes ou ZA furent crées à Los Angeles, New York, Saint Denis, Manchester, Molenbeck, Rotterdam... Des milices locales se sont autoproclamées 'Comité pour la promotion de la vertu' et ont taxé la population selon une grille de lecture intersectionaliste. Les blancs devaient déclarer tout stock de nourriture aux autorités des zones autonomes, jusqu'au moindre paquet de chips.

      Il était temps pour eux de rendre tout ce qu'ils avaient pillé aux racisés de part le monde.

      Supprimer
    7. Merci beaucoup Géocédille, je viens de publier ton texte...

      Supprimer
    8. https://youtu.be/RdDzDk7nask

      Supprimer
    9. https://youtu.be/tHjSHS3FShE

      1 mort, un blessé par balle dans le CHAZ/CHOP de Seattle.

      Le 'samu' refuse de s'y rendre sans protection.
      La police fait une incursion en mode tortue romaine et se fair criere de dégager, que la victime est partie des lieux du crime.
      La victime, un homme noir est en effet partie pour un monde meilleur, mais son cadavre est toujours là.
      Une femme officier part en courant vraissemblablement pour demander aux ambulances de venir (ils n'ont pas la radio?)

      Des femmes CHAZIstes hurlent des instructions aux... heu... à des amis imaginaires en charge de regler les problèmes.

      Une CHAZiste explique aux autres par mégaphone interposé que machin les a quitté. Quelqu'un a son nom? Quoi ils sont deux? Machin et trucmuche ont quitté la CHAZ ou le CHOP.

      On néglige souvent la capacité de l'euphémisme à résoudre les problèmes.

      Supprimer
    10. Merci Wendy

      Supprimer
  3. Très bien ce début de chapitre 1. On attends la suite :-)
    (j'ai quand même vérifié, le 1 juillet 2030 sera bien un lundi 😁)

    RépondreSupprimer
  4. Pendant ce temps au Brésil...

    https://youtu.be/ZJJNK20Eczc

    RépondreSupprimer
  5. C'est une fiction ?
    jsp

    RépondreSupprimer

Modération.


------------

Respecter les autres est la base de l'échange.

Il faut beaucoup d'efforts pour construire et peu de bêtise pour détruire.

Ni insulte, ni incivilité, ni appel à la haine raciale ne seront acceptés. Je supprimerai les commentaires en comportant.