vendredi 10 mai 2019

Le lait bio, écologique et solidaire.

Je continue mon récit d'une journée type dans ma prime jeunesse... Pour donner envie à tous de devenir de vrais écologistes.

------ Je reprends ....il est donc 10h30 et la laitière est passée ce qui nous a valu une pause dans les activités imposées de la journée.

Aujourd'hui je ferai une petite digression au sujet de notre amie la "laitière". 

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La laitière vit sur le "tuquet" juste en face de chez nous. Un tuquet est une toute petite colline dont on atteint le sommet en peinant dans la montée et en glissant dans la descente sur le petit "caminol" (chemin) bordé de noisetiers et de muriers (pensez aux confitures...). Le "caminol" serpente pour des raisons évidentes de sécurité. Il faut du mollet pour monter et descendre, tout le monde en ... ;)

La laitière occupe une petite ferme, un très beau bâtiment du XIV° siècle achevé XVIII° siècle. Disposé ainsi : une immense cuisine avec une immense cheminée en pierres, un grand buffet, une grande table, peu de chaises. Sur la droite, une porte toujours fermée qui mène aux chambres dans lesquelles je n'ai jamais pénétré alors que nous entretenions des rapports étroits d'amitié.

L'étable est attenante et en pierres, plus loin en longeant la bâtisse, la soue du cochon, et presque sur le pré qui suit, le très grand clapier et poulailler.

Tous les matins, par acquis de conscience et tous les soirs par nécessité pour les vaches, (sauf le dimanche car c'était jour de messe pour elle) elle allait traire ses trois ou quatre vaches, les pis traits à la main, le lait "tombait" dans un sceau métallique avec une anse.
Ensuite elle transvasait le contenu des seaux dans des bidons métalliques de 10  litres. 

Puis elle préparait "son charretou". Une sorte de mi-petite charrette, mi-grande brouette, en bois, munie de deux hautes roues et d'un manche pour la tirer.

Dans le charretou, les gros bidons et des petits bidons de 1 litre pour les clients en manque de récipients. 

Et enfin une ou deux louches calibrées, des louches de "mesure".

Bien évidemment, gros ou petits bidons n'étaient pas nettoyés à l'antiseptique ni même au savon. S'il ne faisait pas trop froid ils étaient au mieux rincés à l'eau de temps en temps.

Oui ?

Avant de faire sa tournée elle sortait ses vaches au pré jusqu'au soir, le chien veillerait. Ceci "aux beaux jours", sinon elle les approvisionnait en foin, qu'elle fauchait elle-même. Les vaches aiment l'étable quand il pleut averse.

Les vaches avaient chacune un nom, ai-je besoin de le préciser ? Les vaches, comme le cochon, les poules, les lapins, le chien, les chats...

Pourquoi un nom ? Parce que chaque animal a son caractère et donc une place lui est attribuée. Tout le monde a son lapin chouchou et sa poule qu'il hésite à saigner.

Avant sa "tournée", cette femme d'un certain âge ou d'un âge certain, avait donc déjà accompli moultes tâches, très physiques. 

De surcroit elle avait du retenir le charretou dans la descente "du tuquet" pour éviter qu'il ne lui échappe et ne se retourne (Perette).



 (Gustave Doré).

 

Elle avait environ 4h de travail dans les jambes quant elle arrivait vers 10h30 chez nous. 

Nous ne prenions pas de lait à son aller mais à son retour. Les raisons ? multiples. La certitude qu'elle repasserait, ne pas la délester au cas où ses clientes plus fortunées lui achèteraient davantage, l'habitude, lui faire comprendre sans les mots que nous attendions avec impatience son second passage, le respect ...
 

Elle nous quittait au bout d'une vingtaine de minutes, son béret sur la tête, pour "descendre en ville"...

Je l'ai suivie "en tournée". Ainsi j'avais l'occasion de visiter des lieux domestiques inconnus.
De belles maisons, toujours obscures sans raison apparente... si ce n'est qu'il ne fallait pas que les voisins regardent à l’intérieur. ;) 

De très vieilles dames qui demandaient des nouvelles des uns des autres car elles ne pouvaient plus se déplacer, des bonnes fatiguées à qui tendre un pichet à la "laitière" puis la payer donnait quelques minutes de répit...

Dans chaque maison, son ambiance. Certaines dames ne m'adressaient pas la parole, d'autres nous faisaient entrer "au salon" et parlaient avec nous en nous offrant du sirop.

En général dans toutes ces maisons on parlait patois, soit parce que la propriétaire était âgée, soit parce que c'était la langue maternelle de la bonne.

Toutes les bonnes étaient vieilles et il faudra peut-être, si vous le voulez, que je vous explique le statut de la bonne dans les familles bourgeoise des minuscules villes de province.

Quand j'ai su lire, j'ai retrouvé Balzac dans ces portraits improbables, dans l'odeur des maisons, dans les attitudes des domestiques, l’encaustique sur les meubles et les parquets... Je pensais que l'organisation sociale ne changerai jamais...Je n'imaginais pas que la vitrification éloignerait l'essence de térébenthine et la cire d'abeille...

Grâce à cette amie, quasiment ce membre de la famille, j'avais un aperçu de la comédie humaine, grandeur nature.

Avant que je ne m'égare ...Demain, je vous conterai le retour de la "laitière" avec parfois quelques livres de la bibliothèque des "bons livres" (comprendre "de la cure").

Notre famille était radical-socialiste, fréquentait la bibliothèque municipale et pas celle de l’évêque. Nous ne croisions le curé que pour les sacrements et la procession du huit septembre, au cas où. ;)

à suivre.... 

Il faut du temps pour devenir un véritable écologiste... ;)

Merci Tof, Merci à tous pour vos participations que je reprendrai ;)
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à noter :

-Aucune des personnes citées n'était, de près ou de loin, vaccinée.

-On entrait dans les maisons en poussant la porte après avoir dument tiré la sonnette.

-il est quasiment midi et .... nous n'avons pas dépensé un seul centime, ni jeté quoique ce soit, ni utilisé un seul watt. Les seules sources d’énergie investies sur la matinée furent l'huile de coude, deux buches, et un petit déjeuner....