mardi 18 décembre 2018

La diagonale du réfrigérateur.

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Pour faire "la révolution" ou même se révolter sporadiquement, il faut du temps.

La variable temps est mise de côté par M. Drac. 

Sur les chiffres je pense qu'il a raison mais reste "le ressenti" de la contrainte.

Non, les "frigos ne sont pas vides" en France dans leur immense majorité. Mais le ressenti du manque est bien là. Nous sommes au point de bascule.

Oui, dans de nombreux pays, la base de l'alimentation est le "chapati", cette galette indienne de farine et d'eau non levée.

Partout, il y a du "chapati". J'en ai vu et mangé cuites entre deux bouses de vaches laissées à la cuisson dans un trou dans la terre recouvert. Temps de cuisson ? environ 8 h.

Et oui, on peut se nourrir sans réfrigérateur mais.... ça prend du temps et ce n'est pas la même cuisine. C'est se lever tôt et faire mijoter les haricots pendant des heures.

Le français moyen peut encore descendre dans la rue car Lidl lui fournit des brioches et du lait pour pas cher.



Street food kiosk, USSR, 1980s

Le nombre de foyers français de "la classe moyenne" qui mangent Lidl ou Aldi dans la cuisine équipée Leroy Merlin, puis regardent la TV Samsung sur le canapé en cuir Conforama avec le thermostat à 17°....est énorme.

Oui, ils sont nourris et ne "paraissent" pas pauvres. De mon point de vue, ils le sont par rapport aux standards de la Pub et ils le ressentent comme une grosse injustice après leur semaine de 35 heures dans un emploi subi, subi pour payer le canapé.

Frigo vide c'est aussi défaut d'instruction. Dans les pays à "chapatis"  il n'y a pas d'instruction pour tous. Le frigo vide va toujours avec l'ignorance.

Les français dont les grand-parents se sont battus pour acheter les premiers réfrigérateurs Electrolux et sortir des contraintes de la terre se sentent en danger.

Ils ont perdu la terre et savent que le cuir chinois de leur canapé ne se mange pas.

Pour autant, actuellement, ils ont encore les moyens de descendre manifester.

Dans les "pays-chapatis" personne ne manifeste. Manque de temps en premier lieu.

"être pauvre c'est un métier", il faut survivre. Le temps manque pour tout autre chose.

Quand 50% des français souffriront plus ou moins du manque des produits de première nécessité, le pouvoir aura eu raison d'eux.

Soit les français descendent maintenant, soit plus jamais.

Les classes sociales ? Où fais-tu tes courses ? Quelle surface fait ta bibliothèque ou combien de livres sont enregistrés sur ta liseuse Amazon ou ton disque dur ?

Faire un budget est antinomique de consommer. Tu fais des "arbitrages".

Je suis toujours autant choquée par tous ceux qui ne chauffent pas ou plus par rapport à ceux chez qui tu peux dîner en chemisier. 

La famille française qui se nourrit tout en, et surtout parce qu'elle fait des "arbitrages" se ressent fragilisée, la prochaine économie se fera sur la nourriture.

Pas sur les vêtements ou le maquillage ou la cuisine équipée parce qu'il faut "paraître". 

Drac parle de la crise financière qui vient. J'observe que d'arbitrages en arbitrages depuis 30 ans la crise financière fait partie du quotidien. Elle est intégrée.

L'instruction publique dont le niveau s'effondre suit parfaitement la courbe des contraintes budgétaires des foyers.

Maintenant on voit les blindés dans la capitale, c'est, de mon point de vue, le dernier signe de la tiers-mondialisation de la France. Si tant est que ce "pays" existe encore.

Chapatis, ignorance et blindés, les trois mots qui marquent partout sur la planète les nations les plus pauvres.

La révolte c'est maintenant, demain il sera trop tard.

D'autant plus qu'il y a un effet d'entrainement, à un moment il y a une spirale infernale qui prend de la vitesse sans retour possible...Les pauvres ne se révoltent pas, ils n'ont plus que leur vie en magasin et pas de mots pour le dire.

Quand on a des bidon-villes autour des grandes villes et des aides sociales au niveau où nous les avons, il est temps de se poser quelques questions... 

Les aides sociales ne sont pas "gravées dans le marbre", les "retraites" non plus.

Dans une économie mondialisée.... mais "quelles retraites", quelles "aides sociales" ? et bien sur : quelle "démocratie" ?

Le monde ne tourne pas autour de la vieille europe, loin de là !