dimanche 9 septembre 2018

Les brodeuses.

Je réponds à l'échange ici, concernant les rapports hommes-femmes et la place des femmes qui, selon certains, serait "destructrice" pour notre société patriarcale.

Encore une fois, je vous parle de moi, de mon vécu, pour ce qu'il vaut.

J'en parle aujourd'hui car tout se délite, les trottoirs deviennent violents, les villes-monde s'alignent sur San Francisco, l'inclusivité trouve ses limites car tout ne peut être ingéré puis digéré. Tout est dans tout mais tout n'est pas égal ou équivalent à tout.

VERMEER VAN DELFT, Jan



______Mon témoignage discret de femme "libre", ce qui est un abus de langage car personne n'est libre... :

J'ai été élevée à l'ancienne, par des femmes ouvrières ou paysannes dans un milieu rural reculé.

"Tu n'es qu'une femme", me rabâchait ma grand-mère. "Tu auras un mari qui sera le père de tes enfants". ..... "Le reste, c'est "pas vu pas pris"".

Ensuite et en même temps je lisais Balzac et Flaubert et les autres... Pénélope qui tissait pendant qu'Ulysse se défendait des sirènes... les Dieux grecs pris dans leurs passions charnelles, punis....

Puis, en patois, les voisines qui venaient raconter leurs amours interdites "entre femmes".

J'ai été élevée en sachant qu'"être une fille", c'est être "une pauvre créature". (Sic).

 Je sais que les plus jeunes ici ne me croiront pas, mais c'est ainsi. Notez bien que je ne peux pas être votre grand-mère, simplement votre mère pour les moins âgés qui liront.

Dans ma vie j'ai donc appliqué, avec du recul, tous ces sages enseignements.

Sages, car cela m'a épargné des erreurs de jugement qui m'auraient interdit de belles découvertes.

Exemple :

Quand on voyage seule, la première règle est de ne pas accumuler les aventures ou les rencontres d'un soir.

Pour cela il y a les "all inclusive" et les pays dédiés au tourisme sexuel.

Dans tous les pays non occidentaux ou pauvres, en dehors des grandes villes, si les gens avec qui vous voulez créer des liens vous jugent "légère", tout en restant affables avec vous, ils vous mettrons à l'écart.

parce que vous êtes une femme. Ce sera sans méchanceté mais le couperet du jugement tombera.

Le couperet vous coupera de la population. C'est sa fonction.

Je suis pour le patriarcat, je le défends, car pour ce que j'ai vu du "matriarcat"...ça ne donne pas envie...

Je suis pour le mariage et pour les enfants nés dans le mariage. Pour les enfants, c'est sécurisant quand ils grandissent.

J'ai eu l’honnêteté de m'appliquer ces règles de vie à moi-même. Et je m'en félicite.

Par contre... que les femmes accumulent leurs expériences amoureuses au même titre que les hommes n'est que....justice ! Quoiqu'il en soit, je ne me suis jamais posée la question de l'égalité (avec qui, avec quoi ?). J'ai vécu.

Quand j'ai lu "la femme de 30 ans", cette dame déjà vieillissante, qui n'avait comme inquiétude que de plaire une dernière fois, d'avoir un dernier amant, j'ai compris beaucoup tout en ne comprenant rien !

Cette femme belle et élégante est mariée à un homme riche et plutôt sympathique, puisque très absent...Il n'empêche qu'elle veut un amant !

à 8 ans, tout ceci n'a pas de sens. Je venais de finir "Eugénie Grandet" qui vivait selon les préceptes dans lesquels j'étais éduquée. Je comprenais parfaitement Eugénie mais pas cette femme.

De plus je comptais les années qui me restaient avant d'être vieille et délaissée. Angoissant ! Même à 8 ans, ou surtout à 8 ans quand on comprend qu'on va devoir passer de longues années à l'école.
Une perte de temps, au final ! :)

Je comprenais aussi qu'il y avait de la chair dans les amours et que cette chair, empreinte d'un certain danger et de codes mystérieux, déterminait beaucoup, notamment la joie de vivre et la confiance en soi. Je comprenais mieux Eugénie et son abnégation à travers les vains soucis de cette jolie femme devant sa coiffeuse. Je faisais connaissance avec le désir, les emportements et les souffrances qui vont avec.

Je pense que si j'ai autant pris soin de mon physique depuis toujours c'est à cause de Balzac et de cette fausse vieille libidineuse ! ;))

Comme quoi, il y a pire que youporn, il y a la lecture !

De plus comme mon grand père avait caché au grenier des livres de Victor Marguerite, tels que "ton corps est à toi", j'ai pris connaissance de quelques jeux d'adultes assez croquignolets que la morale réprouve.

à 8 ans, tout ceci est intéressant mais abstrait. C'est de la théorie. les mathématiques de la chair.

L'autre jour, je parlais avec ma voisine, une cinquantenaire, qui me déclare n'avoir connu qu'un seul homme. J'éclate de rire. Elle ajoute que x, connaissance commune, de même ! Un seul homme !

Je lui demande si elle se moque de moi. Non !

Franchement ? sérieux ? de mon point de vue cela ne prouve que leur manque de curiosité. Une sécheresse de cœur, une absence de capacité à la connexion avec l'autre. Une incapacité à l'élan.
Un manque de désir de vivre, une incapacité à la création et à l'imagination.

Je ne lui ai pas dit, bien sur. Mais quand même ... il faut être particulièrement refermée sur soi même et imperméable aux autres pour en arriver là !
Jamais une émotion, un frisson ne parcourent ces femmes ?

Encore aujourd'hui on peut sourire des hommes qui fréquentent les boîtes échangistes mais on vilipende les femmes quand elles en sont simplement curieuses ! Pourquoi ?

Ce n'est pas logique mais inutile de vouloir faire entendre raison en la matière. Le couperet du jugement lancé du fond des âges s'abattra irrémédiablement.

Un homme qui commande une escort c'est qu'il a de l'argent, une femme qui appelle un escort c'est "une p*te". Pourquoi ? idem...pas de réponse logique.

"tu n'es qu'une femme"... toujours d'actualité quoiqu'on en dise.

Même si tu gagnes très bien ta vie, quelque soit ton niveau d'études, la belle réussite de tes enfants, tes actions généreuses envers les autres, ton attention sans cesse renouvelée portée aux tiens, si tu sors du sentier de "ton corps imaginaire" unanimement tracé, le couperet !

C'est moins grave quand ta "libération" nourrit ton mari et tes enfants ou même suffit à payer les traites du pavillon ! Tu deviens dans ce cas : "une femme exemplaire".

Et en 2018, c'est toujours et encore ainsi.

Demandez aux femmes si, comme le dit Freud qui fait toujours autorité en la matière, elles "rêvent d'avoir un pénis".

Messieurs, vous risquez d'être surpris pas les réponses. Les femmes rêvent d'amour, comme les hommes. Et sans les hommes, pas d'amour et encore moins d'extase.

La seule véritable et terrible supériorité que vous ayez sur nous c'est que sans vous nos rideaux ne craignent plus rien...ce qui est bien tristounet quoi qu’économique...

Les femmes ne sont pas destructrices, elles vous attendent depuis Pénélope. En attendant, elles tissent...


Kandinsky