mardi 26 avril 2016

La misère, notion relative

Ce sont les commentaires qui m'ont réveillée.

La "misère" c'est aussi un jugement de valeur. Je ne parle pas des camps soudanais qui sont en quelque sorte une construction occidentale due au pétrole, mais de ce que l'occidental moyen nommait la "misère" avant qu'il n'exporte à marche forcée les bienfaits de son quotidien partout sur cette planète.

Sur la Terre, des gens vivaient sans "rien". C'est à dire sans salle de bain, sans téléphone, sans école, sans super marché, sans réfrigérateur, sans télévision mais ils vivaient.

Ils avaient leurs habitudes, leurs organisations sociales, leurs chefs désignés, leurs fêtes, leur nourriture. Bref, une vie normale.

L'occidental(e) (que je suis) a voulu leur apporter "la civilisation", c'est à dire la lecture et l'écriture, l'hygiène mais surtout le "travail" pour dégager des "surplus".

Quand je parlais "surplus" à des gens qui ne vivaient qu'un jour après l'autre ils me regardaient comme si j'étais folle. Ils avaient raison. Et j'avais tort.

Quels surplus quand il n'est pas nécessaire de se casser l'échine 12/jour pour se nourrir et nourrir sa famille ? Ces gens n'étaient pas masochistes.

La valeur travail dans nos contrées hostiles est une obligation vitale et une nécessité pour la survie de l'espèce mais pas partout sur la planète.

L'occident a répandu les usines et les petits salaires en construisant 2/3 écoles pour faire passer la pilule de la pointeuse. Pour motiver les peuplades récalcitrantes l'occident à répandu les smart phones et la télévision en expliquant par l'image qu'avec beaucoup d'obéissance on aurait droit à vivre dans une maison avec piscine, l'eau au robinet et des talons aiguilles pour courir à Las Vegas.

Je ne parle pas de l'Afrique. Il n'y a pas qu'en Afrique que vivaient les poissons et les bêtes sauvages.
L'Amerique du Sud, les Philippines regorgeaient de ressources naturelles directement préhensibles.

Violence de la misère ? Oui, certes mais pas davantage qu'ailleurs. Il y a partout sur la terre ce que j'appelle des "parcours obligés". On passe par là le matin et par ci le soir. Il y a les chemins diurnes et les nocturnes. Il y a des drogues et de l'alcool partout même dans les endroits les plus reculés. De la prostitution aussi. Il n'y a pas de paradis terrestre. Les humains sont identiques dans leurs passions.

L'occident en introduisant le story telling de l'abondance comme rétribution a détruit les vieilles organisations sociales sans rien donner en échange. Sauf du rêve, rien que du rêve et du coca cola.
(J'ai trouvé au milieu de nulle part , dans une forêt sur le haut d'un monticule, un distributeur coca cola branché sur un frigo-groupe électrogène. Le type qui le gardait ne savait pas lui même comment ce truc était arrivé là. ni qui l'y avait mis! Véridique !)

Il n'y a pas qu'en Afrique ou au moyen orient ou en Europe-Asie centrale que les multinationales ont acheté les peuples avec leur terre. Partout ce fut la même chose.

Oui, j'ai vécu avec les pauvres. Et ? On vit. On vit bien même. 10 cents n'ont pas la même valeur partout et 10 cts peuvent acheter une bassine, un petite poule, du maïs, du café, une jupe, du rhum.

Au départ je me suis dit que je devais repartir, que je ne pourrai pas vivre sans me laver, que je ne pourrai pas manger avec les doigts dans une casserole souillée, que je ne pourrai pas dormir par terre dans des bouts de tissu... Puis, je me suis aperçue que les gens se lavent partout. Il y a souvent des bains naturels, des vestiges des bains mayas par exemple ou des tuyaux en plastique qui donnent l'eau douce (glacée ou brûlante). Il faut comprendre que quand on ne travaille pas on a le temps de faire 2 km pour se laver ! Et en général quand il y a un hameau il y a une source d'eau douce. Les gens ne sont pas idiots !

La nourriture ? Et bien à un moment on mange, c'est tout. Qu'importe le flacon pourvu que l'estomac cesse les bruits.

Il n'y a pas de "bon sauvage" simplement parce qu'il n'y a pas de sauvage.

Ces gens qui n'ont jamais vu une carte géographique de leur vie, ni une boussole usinée ne sont pas pour autant stupides. Ils ont où plutôt avaient, je pense, une organisation sociale. Des croyances, des coutumes.

Maintenant je sais que certaines des terres où j'ai vécu ont été vendues avec leurs habitants à des multinationales. On tue les récalcitrants. En échange ? Un hôpital dans la capitale avec plus de lits. Pas d'école.

Quand je vivais avec les "pauvres" parmi les pauvres, le bout de la misère, je savais que le pire qui pouvait nous arriver à tous c'était d'aller dans cet hôpital ! On l'appelait "le mouroir".

Personne n'en ressortait jamais et les plus folles histoires circulaient sur les pratiques en cours dans cet établissement.

J'avais tort de leur parler d'écoles et de villes et j'avais raison de me laisser porter par les heures de soleil et de nuit, de rire et de danser, de manger et dormir avec eux, de regarder les poissons et de parler de tout et de rien...

Parce que l'occident a balayé leur vie dans le bruit et la fureur et n'a rien donné en échange, absolument rien. Rien du tout. Des miséreux sans village, sans terre et sans fête quotidienne.

Dépouiller les pauvres c'est la base de l'accumulation du capital. L'accaparement par la propagande c'est la base des dictatures.

Pourquoi je ne suis pas restée là ou ailleurs, dans un petit paradis  ? Parce que je suis une occidentale et qu'à vivre dans ces conditions on développe une sorte de syndrome des îles. Une sensation d'éternel recommencement sans but.

L'occidental a besoin de construire. Pour construire il faut des perspectives.