jeudi 19 mars 2015

Énergies renouvelables et ultra libéralisme

« Beaucoup parlent de la future et nécessaire rentabilité des ENR.  ( énergies renouvelables) . Ils se situent clairement dans la continuité de notre société ultralibérale. »

Non. Ça n’a rien à voir avec la société ultralibérale. L’économie ne se réduit pas au capitalisme ultralibéral, ni même au capitalisme tout court.

Dans son livre L’effondrement des sociétés complexes, l’anthropologue Joseph Tainter montre très bien que :
* la société humaine est un outil que les hommes élaborent pour résoudre les problèmes qu’ils rencontrent.
* face à un nouveau problème, la tendance naturelle des sociétés humaines, de toute époque et de toute culture, est d’augmenter sa propre complexité sociopolitique (c’est-à-dire, en gros, accroître la spécialisation de certains de ses membres et/ou accroître sa hiérarchisation). Ce surcroît de complexité a un rendement : c’est le surplus de services et de protections qu’offre la société pour le prix d’un surcroît de poids et/ou de prélèvement de ressources sur les individus qui la composent.
* la complexité sociopolitique d’une société ne peut être alimentée que par un flux d’énergie entrant ; plus elle est élevée, plus le flux d’énergie qui alimente la société doit être important pour que celle-ci puisse se maintenir, et que ses structures politiques et sociales puissent continuer à fonctionner.
* à consommation constante d’énergie par unité de temps, le rendement marginal d’un surcroît de complexité diminue au fur et à mesure que la complexité augmente. Seul un surcroît d’énergie par unité de temps, à chaque fois plus gros, permet de maintenir un rendement marginal du surcroît de complexité constant, au fur et à mesure que la complexité augmente (c’est très clairement ce que nos sociétés occidentales ont connu depuis 250 ans, mais cela se vérifie pour toutes les autres sociétés humaines, passées ou présentes).
* lorsque le flux d’énergie qui alimente la société atteint un plafond, alors la complexité de la société ne peut plus augmenter sauf à avoir un rendement marginal négatif du surcroît de complexité. En clair, cela veut dire que face à chaque nouveau problème, la société va devenir un peu plus pressante et pesante sur les individus, sans arriver à résoudre le problème en question, voire en se mettant en plus à répondre moins bien à des problèmes qu’elle arrivait à résoudre jusque-là.
* lorsque le rendement marginal du surcroît de complexité devient négatif, alors la société devient en danger d’effondrement. (Un effondrement n’étant rien d’autre qu’une réduction de la complexité établie de la société, c’est-à-dire typiquement qu’elle va détruire certaines de ses structures sociopolitiques. C’est simplement une forme d’adaptation de la société à un environnement moins généreux par unité de temps. Même si à l’échelle des individus, c’est souvent destructeur, voire sanglant…)
Pour en revenir aux ENR, tout ceci signifie simplement que toutes (ou à peu près toutes) nos structures politiques et sociales sont adaptées à un flux énergétique très dense (celui des hydrocarbures), et qu’elles ne pourront pas continuer à fonctionner si la société doit remplacer ce flux par un autre flux énergétique beaucoup moins dense (comme celui des ENR). Cela ne veut pas dire que nos sociétés vont disparaître. Cela veut seulement dire qu’avec un flux énergétique comme celui des ENR, nos structures politiques et sociales ne pourront être que très différentes que celles d’aujourd’hui (et rien ne dit qu’elles seront meilleures ou plus agréables pour les individus ; il est même probable qu’elles soient globalement plus désagréables, surtout pendant et peu après la période de transition).

Oui, je sais c'est pas rigolo mais cela appelle la réflexion ! 

Écrit par : http://www.amides.fr/sewtha. Dit : HollyDays