mardi 2 décembre 2014

De la Polyvalence Religieuse




billet invité, 

écrit par : Jean-Michel Rampelberg



Bons chrétiens, bons musulmans, bons juifs, braves gens paisibles de chez nous qui veulent le « bien » et rejettent les méchants, qui tolèrent les différences et protègent ceux qui ne croient pas comme eux,

Bons bouddhistes de là bas qui trouvent la sagesse dans la méditation,

Bons hindouistes qui se baignent joyeux en famille dans la merde du Gange pour purifier leur âme…



Méchants chrétiens qui zigouillent incas et aztèques au prétexte qu’ils ne vénèrent pas la bible, méchants chrétiens inquisiteurs qui brûlent les hérétiques et les sorcières,

Méchants musulmans qui lapident les femmes adultères, mutilent et décapitent, taxent les adeptes d’autres religions, les  réduisent en esclavage,

Méchants bouddhistes qui organisent des pogromes en Birmanie contre les minorités religieuses, méchants moinillons qui se la coulent douce en exploitant de pauvres paysans,

Méchants juifs qui virent de chez eux des palestiniens au prétexte qu’après 2000 ans de ballade, ils ne font que rentrer dans leur pays occupé par des intrus,

Méchants hindouistes, qui brûlent les mosquées, discriminent et assassinent les musulmans…



Ainsi donc, il y aurait les bons religieux qui seraient dans la bonne compréhension de l’enseignement de leur religion alors que les méchants seraient des fanatiques qui en détourneraient le sens pour imposer la terreur.



Et bien non, ce n’est pas vrai. Il n’y a pas une bonne compréhension, modérée, douce et bienveillante, d’une religion et une interprétation dévoyée par des fanatiques :

Tous les textes sacrés de ces religions, tout leur enseignement, contiennent tout et le contraire de tout, par opportunisme ou visée totalitariste. Modération et fanatisme, amour et haine, progrès ou régression, on peut y faire son marché comme on le souhaite.

Pour se répandre et convertir, la plupart des religions ont d’ailleurs tout autant usé de la parole que du glaive. Leur enseignement polyvalent est conforme à la bipolarité de leur action.



Toutes prescrivent d’aimer et respecter son prochain, de ne pas lui faire du mal, de ne pas le tuer. Et toutes disent aussi de tuer les infidèles, les hérétiques, les relaps,  les adeptes d’autres religions, et au mieux de les convertir de force et les exploiter.

Les trois religions du livre disent explicitement ou hypocritement que les femmes sont des merdes qui n’existent qu’en fonction des hommes. Et quant aux bouddhistes, on constate que les moines qui se brandouillent grassement entretenus dans les monastères ne sont pas des moinesses.

Les adeptes des religions du livre en tireront des conséquences variées : Au mieux, ils estimeront que les femmes – du moins les femmes légitimes et mères – doivent être honorées et protégées,  et au pire qu’il faut les enfermer à la maison, et les couvrir de la tête aux pieds quand elles sortent.

Il existe même des croyants religieux pour estimer que les femmes sont l’égale de l’homme et ont les mêmes droits :

Sont-ils intoxiqués par la société civile et laïque ? Est ce qu’ils ne vont pas au delà des enseignements les plus modérés de leurs religions ?  Sont-ils de mauvais chrétiens, de mauvais musulmans, de mauvais juifs, qui veulent ignorer qu’une femme n’est jamais loin d’être une sorcière au sexe sombre, monstrueux et inquiétant pour l’honnête homme ?

Il semble bien que ces « mauvais croyants » parviennent à trouver dans les textes de leur religion une pensée progressiste (comme cette égalité homme-femme, ou encore la théologie de la Libération) qui ne saute pas aux yeux,  alors que dans le même temps d’autres y trouvent l’obligation de faire régner la barbarie sur terre.



L’État islamique serait une aberration : Mais quelle différence avec l’Iran, les états d’Arabie, le Soudan ?

On y décapite, lapide, mutile tout autant avec le même joyeux entrain. L’esclavage, autorisé voire prôné par la religion musulmane, à l’ancienne ou moderne, y sévit aussi du moins pour ce qui concerne l’Arabie, le Soudan et également la Mauritanie. Tout cela en respect des préceptes religieux.

Alors pourquoi s’en prendre spécialement à Daech ? Officiellement parce qu’il porte atteinte à l’intégrité territoriale de l’Irak et de la Syrie. C’est vrai mais alors il ne fallait pas déstabiliser ces pays, alors que Saddam Hussein et les Assad y imposaient des régimes laïcs interdisant tous les fanatismes et permettant la coexistence pacifique entre toutes communautés.

Certes parfois durement et avec cruauté contre ceux qui osaient se soulever mais c’est aux peuples de prendre en main leur destin. Ils ne trouvent pas actuellement  de meilleure solution que de se jeter dans les bras de religieux fanatiques.



Le christianisme tout autant fanatique se manifeste aujourd’hui de manière moins extrême : Ce n’est qu’une question de rapport de force, de circonstance.

Mais il est toujours prêt à repartir de l’avant, à sortir de la sphère privée dans laquelle il est censé s’exprimer dans un pays ayant opté pour la laïcité.

On le voit particulièrement aujourd’hui en France dans sa lutte contre le mariage pour tous, c’est à dire contre quelque chose qui ne le concerne en rien : Si des chrétiens sont homosexuels, les lois de la nation ne les obligent en rien à se marier ! (En bonne logique, un chrétien homosexuel devrait se suicider si du moins l’église ne condamnait pas ce choix. Ne reste pas beaucoup de solution.)

Il s’agit bien d’un combat pour tenter de reprendre du pouvoir temporel, le catholicisme n’ayant jamais admis qu’à contre cœur la séparation de l’église et de l’Etat.



Ce combat est l’expression d’une aspiration réactionnaire, éminemment inspirée par le christianisme, qui, si elle pouvait triompher, rétablirait le délit d’homosexualité, abolirait le PACS et le mariage pour tous, mettrait la majorité à 25 ans, supprimerait le droit de votes des femmes,  interdirait la contraception, l’avortement et le divorce, et mettrait les filles mères de bonne famille dans des couvents et les filles mères pauvres dans des établissements de correction.

C’est la société idéale dont rêvent notre chere hannetone à tête de crapaud, l’aimable C., et l’asperge molle à gueule de tirelire, cette bonne F., et tous leurs amis à goupillons et jupes plissées.



Il n’existe pas de différence de nature entre les fanatiques intolérants de la « manif pour tous » et les fanatiques intolérants « djihadistes ». Ce qui les distingue est circonstanciel : Niveau d’influence différent dans les sociétés où ils sévissent. Mais leur bestialité est la même.



Il n’est sans doute pas d’autre choix que de soutenir les « braves gens » de ces religions dont la morale est dans notre pays fort proche de celle de l’ensemble de la population. Il serait absurde et surtout vain d’aller leur expliquer que ce faisant ils ne respectent pas l’enseignement de leur religion. Et on ne peut que les approuver quand ils se décident à condamner les actes de leurs coreligionnaires « dévoyés ».



Il semble bien que même si tous les fanatiques et extrémistes religieux de tous poils disparaissaient soudainement, les textes et enseignements polyvalents des religions seraient toujours là, et que des salopards abrutis pourraient s’en prévaloir pour imposer de nouveau des applications religieuses intolérantes et opprimantes.



Cette polyvalence de leur enseignement est la force des multinationales religieuses : Elle permet l’adaptation aux différentes situations, aux positions de force ou de faiblesse, du monopole intolérant à la situation d’opprimée en passant par la cohabitation concurrentielle.

Partout ces camelots de haut vol agissent sur un public captif : L’inquiétude humaine devant le ciel étoilé fait tomber les hommes dans leurs filets comme des bans de sardine. Leur seule difficulté : La concurrence !