mercredi 23 octobre 2013

palliatif

je te vois dans une chambre claire, allongé, les yeux perdus, le corps abandonné. le corps oublié dans un souvenir qui s'efface.

des mains te touchent, tu me regardes. je lis "reste ! pourquoi ? d'où viens-tu ? ne me laisse pas !".

des cris muets. il est possible que ces paroles ne soient audibles que par moi-même. il est même possible que ce soit moi qui les prononce.

sans les entendre comme je ne t'entends plus.

tu veux que je sois là, simplement présente. comme si ma présence bloquait le temps. tu parles en regards. tout le monde ne maîtrise pas la langue.

je sais que tu fais des efforts pour rejoindre la chambre dans laquelle j'entrais et sortais. je sais que tu fais tout pour être docile, pour supporter les aiguilles inutiles dans tes bras, pour accepter les mains étrangères, pour que je sois là de nouveau, rien que moi.

je te laisse seul, presque endormi mais pas assez.

tu es dans un service spécialisé. spécialisé en "mort". comme s'il y avait des services spécialisés en "vie" !

bien sur ça n'existe pas ! c'est un leurre. une excuse.

des mots, j'entends des mots tel qu'"enfermement". enfermement est devenu synonyme de confusion mentale ? j'avoue que c'est beaucoup moins perturbant à entendre !

"on lui a fait une prise de sang", me dit une dame affable.

en d'autres temps je lui éclatais de rire au nez ! mais, là, j'ai pitié d'elle.
"une prise de sang pour savoir si c'est grave, docteur ?" ai-je envie de lui demander. je me tais. je remercie faisant mine de m'intéresser en demandant quand tomberont les résultats.

les résultats, je les ai tous. plutôt que de te percer le bras pour apprendre que oui, c'est vraiment terriblement grave, elle ferait mieux de s'assoir pour te lire une histoire.

demain je te raconterai une histoire, aujourd'hui je t'ai fait un dessin.