lundi 19 novembre 2012

le coût des catastrophes climatiques

En finance comme ailleurs, un bon dessin valant mieux qu'un long discours il suffit de constater l'explosion des dommages dus aux catastrophes. Pour les assureurs le changement climatique est à la limite un débat scolastique: pour faire très simple et très provocateur ce n'est pas leur problème. La réalité est qu'à cause de la mondialisation, les économies sont devenues de plus en plus 'intégrées' et que les conséquences d'une catastrophe à un bout de la planète font boule de neige ou effet papillon. Des zones non peuplées il y a 50 ans sont maintenant d'une telle densité que la moindre inondation ou le moindre cyclone ont des conséquences dévastatrices démultipliées en aval de la chaine de production, ce que ce graphe illustre: les coûts grimpent. (ci-dessus).

 Le problème est que l'intendance à du mal suivre. L'écart entre les dommages assurés et réels se creuse comme le montre une récente étude :

Pour remédier à ce grand écart, les compagnies d'assurance ont dû évoluer et avoir recours à des programmes de 'réassurance'. Pour faire super simple, on peut dire que la prime à l'assurance de base que nous payons sur notre logement ou véhicule fournit assez de capital aux assureurs pour éponger des dégâts simples: la machine à laver du voisin du dessus qui fuit ou un accident de bagnole. Mais que cette prime est totalement dépassée par les évènements lorsqu'un 'Cygne Noir' tel que le Tusanmi Japonais ou Sandy survient.


Deux questions ont été remises sur la table par Sandy.


La première est financière: c'est l'effet que va avoir cette nouvelle catastrophe sur les programmes de réassurance et surtout sur les 'Cat Bonds' populaires aux USA. Les investisseurs vont-ils se réveiller avec la gueule de bois en se rendant compte qu'ils ont perdu la mise et que ce qui semblait au départ une bonne affaire (les Cygnes Noirs étant rares) n'en est en fait pas une. Il semble que ce ne soit pas le cas. Malgré les coûts plus importants ces dernières années, le ralentissement économique global a en fait 'libéré' du capital pour les assureurs. Cela se conçoit. Une activité réduite signifie moins d'actifs à assurer: moins de projets, moins de cargos, moins de nouveaux bâtiments, etc.

La deuxième question est d'ordre politique et fait écho au fameux débat sur la mutualisation des pertes et privatisation des profits pour les banques. La problématique de la réassurance c'est en fait celle de la couverture et du transfert de risque majeur: les gens payent leurs polices d'assurance pendant des années pour finalement s'entendre dire qu'ils n'étaient finalement pas couverts le jour ou la rivière déborde.

Pour palier ce problème, certains pays comme l'Australie ont au minimum imposé (régulé!) une définition de ce qu'est une inondation: Eh oui, le 'Free Market', c'est aussi parfois la joie des définitions qui varient d'un assureur à l'autre! D'autres pays ont poussé un peu plus loin que la reforme sémantique et ont opté pour la mise en place de Fonds de dédommagement en cas de catastrophes naturelles.

En France leur indemnisation repose sur la solidarité nationale, grâce à plusieurs dispositifs : la Caisse Centrale de Réassurance, la cotisation CATNAT obligatoire, fixée sur tout contrat habitation. L’État apporte sa garantie, par l’intermédiaire d’une entreprise publique, la Caisse Centrale de Réassurance (CCR) créée en 1946, auprès de laquelle les sociétés d’assurances peuvent se réassurer. Le dispositif de "Catastrophe Naturelle", créé par la Loi du 13 juillet 1982, prévoit en outre la création d’une cotisation fixe "CATNAT" gérée par les assurances.

L'UE est aussi maintenant de la partie à travers un Fonds de Solidarité créé après les inondations dévastatrices qui avaient frappé l'Europe centrale à l'été 2002. En juin 2012 ce fonds avait été utilisé 48 fois pour aider les victimes de catastrophes naturelles importantes. En tout, 23 États membres et pays candidats à l'adhésion de l'UE ont été pris en charge pour un montant de plus de 2,5 milliards d'euros. Pour la France, cela représente une aide de près de 204 millions d'euros, notamment après la tempête "Klaus" qui avait frappé le Sud-ouest en janvier 2009.

Peut-être Mitt Romney aurait-il pu s'inspirer de ces dispositions très 'centralistes' venant pourtant d'une Union Européenne plutôt versée dans le libéralisme, au lieu de mettre à son ordre du jour le démantèlement de la Federal Emergency Management Agency américaine et par la même signaler son incompréhension du problème. Malheureusement pour lui, aucune police de réassurance ne couvre sa perte.

Zeronomics, Sydney.

nous mutualiserons les "pertes", l'Europe en tête. attention, une catastrophe climatique est une catastrophe pour le contribuable.