jeudi 8 mars 2012

Vide et Rien

 paroles pondérées :

Pour introduire un peu de rationalité dans ce débat sur les limites du pétrole, je rappelle que de toutes façons, le pétrole n’existe qu’en quantités finies dans l’écorce terrestre. Les réserves prouvées, c’est-à-dire les quantités découvertes qu’il est possible de récupérer dans des conditions économiques acceptables, augmentent bien évidemment dans un premier temps, parce que l’on connaît de mieux en mieux la géologie des bassins sédimentaires, parce que les technologies d’exploration et de récupération progressent etc…mais il est évident pour tout esprit un peu sensé que les quantités de pétrole restant dans le sous-sol diminuent au fur et à mesure de l’exploitation. Autrement dit la somme des quantités consommées et des réserves découvertes dites prouvées (celles que l’on estime avoir 90 chances sur cent de pouvoir récupérer) se rapprochent de plus en plus vite des réserves ultimes récupérables. Il existera donc un moment où ces réserves prouvées seront forcées de commencer à décliner, on n’est sans doute pas très loin de ce moment à l’échelle mondiale pour le pétrole.
Mais la discussion sur les quantités de réserves prouvées occulte complètement le problème le plus important pour l’instant :si avoir des réserves prouvées encore très abondantes est une garantie d’avoir du pétrole pendant encore longtemps, cela ne règle pas le problème principal qui est celui de la vitesse à laquelle nous pouvons extraire ces réserves. On peut faire la comparaison avec une voiture possédant un gros réservoir. Ce réservoir ne lui sert pas à grand chose sur l’instant si son carburateur est insuffisant, ou pire, si le carburateur se rétrécit au cours du temps, car dans ce dernier cas, malgré son réservoir encore bien plein, elle sera forcée de ralentir
Or c’est bien ce qui se passe en ce moment, et le rapport Besson, qui fait état d’une difficulté croissante à l’accès aux réserves, en fait l’aveu, même s’il s’agit de quelques lignes lapidaires. Son grand tort est de se refuser à analyser sérieusement cette situation.
Nous avons un exemple proche avec la Mer du Nord, dont la production pétrolière décline depuis 12 ans maintenant, sans que l’énorme augmentation des prix du pétrole et les facilités fiscales aient renversées la tendance. Les réserves pétrolières de la Mer du Nord sont pourtant, sur le papier, encore très importantes. Il est bien évident que la production mondiale est la somme des productions de l’ensemble des provinces pétrolières mondiales, dont on voit bien qu’elles déclinent les unes après les autres, malgré la soi-disant immensité des réserves prouvées !!!
Le seul recours, bien hypothétique, est celui d’une augmentation des pétroles non conventionnels pour compenser le déclin du conventionnel, ce n’est pas les incantations sur l’abondance des réserves prouvées !


 Bernard Durand, ancien directeur de la division géologie-géochimie de l’Institut français du pétrole et ancien directeur de l’Ecole nationale supérieure de géologie de Nancy.

ci-dessus un visage (modéré) de la déplétion pétrolière et ci-dessous un scandale climatique (étouffé) :

Un éminent hydrologue, membre de l'Académie des sciences américaine, a reconnu avoir utilisé des méthodes frauduleuses pour obtenir des documents internes du Heartland Institute, un think tank libertarien, principal artisan du climato-scepticisme outre-Atlantique. article du monde 

"Rendus publics sur le Net, des documents ont plongé le think tank dans l’embarras : ils révèlent ses sources de financement (grandes entreprises, fondations, etc.), les noms des « experts » et des blogueurs qu’il rémunère pour propager la parole climato-sceptique, ainsi que ses projets d’action prioritaires pour 2012, en particulier pour asseoir auprès des enseignants et des élèves américains l’idée que le changement climatique est « incertain » et scientifiquement « controversé »."

 Des blogueurs sont donc payés pour nier sur le web la réalité du changement climatique! Sur qu’ils reçoivent aussi de la part de ces entreprises des « éléments de langage »…
pas plus de commentaire de ma part ! inouï ! mais comme avec le tabac par exemple sans vergogne et jusqu'au bout.
je pose ici la déplétion pétrolière avec un "souci" sur les données climatiques et la fiabilité des sources dites "sures", car évidement les deux sont étroitement liés ! terrible image :

la FED photographiée avec la déplétion et le dérèglement climatique
Puis les mots de Rocard qui s'agace du vide de la campagne présidentielle. (je tiens à dire que jamais auparavant je n'avais autant cité Rocard ! cela ne préjuge pas du tout de mon vote.) je suis en accord avec son analyse aujourd'hui.

"On nous amuse avec un ballet de prestations de candidats, mais cette campagne n’a pas, jusqu’à présent, beaucoup concerné les problèmes de fond. La position de Nicolas Sarkozy et du patronat fausse le jeu car leur hypothèse essentielle est que nous allons finir par sortir des turbulences financières et qu’après, on retrouvera la grande croissance. Et celle-ci permettra tout : réformer la Sécurité sociale, assainir la pénitentiaire, reprendre une politique du logement, améliorer l’agriculture, faire baisser le chômage, etc. Or la grande croissance, c’est terminé. Le volume d’énergies fossiles disponibles va commencer à baisser d’ici deux ou trois ans, à un rythme vertigineux. C’est un fait.....permettez-moi de citer quelques phrases éclairantes de responsables d’ordinaire tenus à un devoir de réserve. Lord Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre, un homme qui n’a jamais un mot de trop, a expliqué il y a peu qu’il fallait s’attendre à une récession sans doute plus grave que celle de 1930. C’est le gouverneur de la banque d’Anglerre qui nous prédit plus grave......Lui, dont le rôle est d’empêcher la casse et de rassurer les opérateurs de marché, a déclaré qu’il fallait craindre une explosion du système économique et financier mondial. On n’en parle pas beaucoup de tout ça dans la campagne et on s’amuse.....Personne ne regarde le grand Moyen-Orient. Nous avons une stratégie américano-anglaise, acceptée par les autres, et notamment par nous, de torpiller toute possibilité de discuter sérieusement avec les Iraniens...Dans cette hypothèse, la guerre devient une guerre irano-syrienne soutenue par la Chine et la Russie, comme on le voit à l’ONU, contre en gros l’Occident et ses clients. Et l’Europe se tait. C’est une affaire à millions de morts, l’hypothèse étant que ça commence nucléaire. Je connais bien ces dossiers et je n’ai jamais eu aussi peur....il faudrait rester intelligent et respectueux des faits... L’essentiel reste l’effet de serre et le danger financier. Nous ne nous occupons pas de l’essentiel....Tous les esprits un peu cultivés savent que l’énergie va être la clé de notre avenir...nous ne disposons pas encore de solutions scientifiques qui rendent les énergies renouvelables assez accessibles financièrement pour qu’elles s’intègrent dans le fonctionnement de nos économies..... Si on ne trouve rien, en l’état actuel des choses, on va vite arriver à un moment où la baisse très forte des énergies fossiles disponibles va se traduire par une baisse tout aussi forte du Produit intérieur brut (PIB). Ainsi, quiconque dit qu’il faut renoncer au nucléaire nous explique en fait qu’il faut accepter la décroissance. Et là, je pense que l’obligation de la décroissance conduit à la guerre civile. Ce n’est pas tenable et ça pose d’ailleurs une question majeure pour la Grèce qui subit une décroissance forcée : comment fait-on dans ce contexte pour maintenir des élections ? Il n’est pas possible de gouverner ce peuple en lui disant qu’il va perdre 25 % de son revenu dans les dix ans si on tient à payer toutes les dettes. Personne ne le dit, mais il ne peut y avoir d’issue en Grèce qu’avec un pouvoir militaire.... La marge de manœuvre budgétaire est à peu près nulle...La vraie marge de manœuvre, c’est la compréhension politique de l’opinion, d’où l’importance d’en parler. Je ne vais pas les lâcher, ni lui, ni Sarko, ni nos pauvres écolos qui ont raison à peu près sur tout sauf sur l’énergie, c’est-à-dire sur l’essentiel. extraits choisis d'un interview dans Libération (complet)


l'électeur rencontrant la Vérité le 26 avril 2012 au détour de sa fiche de paye
comme les gens ne sont pas aussi idiots qu'on semble vouloir le laisser croire ils n'iront pas voter pour des guignols qui les prennent pour des imbéciles OU  ils voteront n'importe qui puisque les candidats racontent n'importe quoi.
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Merci Dwarf, pour le lien lien à lire en français, complément.