mardi 27 mars 2012

démocratie des urnes, pas des armes

 ce matin, je vous donne à lire avec joie ce mail de Mr Jean-Marc Jancovici.

je souhaite vraiment que tous ceux qui passent par ici se donnent la peine et de lire et de clicker sur tous les liens contenus dans ce message. Je pense sincèrement que "voter avec sa tête", ou du moins essayer, c'est la seule chose sensée que nous puissions faire. je ne pense pas qu'en 2017 nous puissions forcément en faire autant, ni même que l'état de la démocratie sera encore une des premières de nos préoccupations.  la déplétion qui vient en courant, le pic de tout et leur gestion ne peuvent s’organiser dans des régimes démocratiques. au bout du chemin de ce système capitaliste-fossile, au bout de l'analyse des faits, je pense que la société du pétrole c'est aussi le régime démocratique.

avec ce dernier choc pétrolier c'est à coup sur la mise en danger de nos systèmes démocratiques, qui même imparfaits et jusqu'à preuve du contraire, sont préférables aux mesures autoritaires prises par certains et appliquées arbitrairement et violemment à tous les autres.

en 2012 votons ! 

Lecture :

 

"Un candidat vert (ou pas), qui courait les plateaux télé, je l'attrape par la promesse, je le montre à ces électeurs, ces électeurs me disent : trempez le dans le pétrole, trempez le dans le climat, ca fera un président... tout échaudé !

 

Chers tous, et les autres,

A vos marques, prêts, votez ! Voici le petit exercice que, dans pas si longtemps que cela, la nation va attendre de tous ceux qui ont l'âge de tenir un volant ou ouvrir un compte en banque. Voter, certes, mais pour qui ?

Comme d'habitude, l'électorat se décomposera en deux morceaux. D'un côté, on trouvera ceux qui ont depuis longtemps un élu de coeur, sélectionné à l'issue d'une rude épreuve de petites phrases et de formules choc, et qui n'en démordront plus quelles que soient les analyses (réelles ou supposées) tenues par le ou la candidat(e). Bienheureuse cette fraction des votants, d'une certaine manière : pas besoin de se poser de questions qui font mal à la tête, et si les lendemains doivent déchanter, ce sera la faute à pas de chance ! (mais sûrement pas à un défaut d'analyse, faut pas pousser quand même).

Et puis on va trouver ceux qui vont essayer de se déterminer en fonction des propositions et analyses faites par l'impétrant(e), et qui vont peut-être hésiter jusqu'à la dernière minute pour choisir le "moins mauvais tout bien pesé dans les circonstances envisageables". Des fois que cela soit utile pour faire gagner 4,5 secondes à ceux qui appartiennent à cette deuxième catégorie, je vous propose ci-dessous quelques modestes éléments de réflexion pour confronter la politique avec trois rappels de physique (on s'amuse comme on peut). Je doute que ce mot change significativement les résultats des sondages, mais parfois l'espoir fait vivre :-)

Le point de départ de cette affaire, c'est que, après 10 ans d'intense réflexion, j'ai enfin fini par accoucher d'une règle de trois illustrant pourquoi PIB et consommation d'énergie marchent si bien main dans la main (avec ce que coûtent les études que la nation m'a payées il y a fort longtemps, ca fait cher de la multiplication !). Comme les chasseurs de bulletins de vote basent généralement leurs promesses les plus structurantes (retour à l'équilibre budgétaire sans augmenter les impôts, résorption du chômage sans baisser les salaires, maintien d'une retraite prise tôt et bien payée sans hausse des cotisations, embauche de fonctionnaires supplémentaires sans baisse des salaires de ces derniers, retour à l'équilibre des comptes de la protection sociale sans baisse des prestations, hausse des budgets d'investissement pour que fonctionnent mieux la police, la justice, l'enseignement, etc) sur l'augmentation à venir de ce fichu PIB, savoir si il dépend plus de la volonté du candidat ou du nombre de pétroliers qui veulent bien arriver chez nous et de la taille du tuyau de gaz est peut-être utile (voir
http://www.manicore.com/documentation/energie.html et en version plus longue http://www.manicore.com/documentation/decroissance.html ).

Mais nous, qui sommes "tout nucléaire", pourquoi nous occuper des émirs du Golfe et des états d'âme des Russes ? Hélas, nonobstant l'envahissement des colonnes des journaux par l'atome depuis un an (et le politique hiérarchise beaucoup en fonction de ce qu'il y a dans les colonnes des journaux), le pays du Camembert utilise avant tout... de l'énergie fossile (à 55% en primaire, à 75% en final) pour faire tourner usines et services. A cause de l'énergie, du reste, les services se distinguent de plus en plus mal des usines, ce qui fait que la "ré-industrialisation" du pays est plus compliquée qu'on ne le pense ! voir
http://www.manicore.com/documentation/articles/Tribune_fabrique_industrie.html

Or, le pétrole est parti à la baisse pour l'Europe (voir l'avant-dernier graphique de
http://www.manicore.com/documentation/petrole/pic_futur_petrole.html), et le gaz aussi (notre gaz vient à 60% de la Mer du Nord, dont tous les pays sauf la Norvège ont passé leur pic, voir http://www.manicore.com/documentation/petrole/pic_passe_gaz.html). Les règles de trois étant impitoyables, notre approvisionnement énergétique à venir va donc très probablement baisser, et par là même nous empêcher de retrouver 2,5% de croissance par an (une croissance nulle en moyenne sur les 5 ans à venir est une option parfaitement possible).

S'y préparer dans la joie et la bonne humeur, et avec nucléaire, est déjà un redoutable défi (pour ceux qui ne l'ont pas lu, il doit rester quelques exemplaires de
http://www.manicore.com/documentation/articles/changer_le_monde.html quelque part). Si en plus on enlève une fraction du nucléaire (ce que signifie en pratique le passage de 75% à 50% de nucléaire dans l'électricité), il est probable que le PIB n'est pas près de retrouver les couleurs imaginées par les candidats (voir http://www.manicore.com/documentation/articles/enfer_echos.html ). Que ce soit un bien ou un mal est un long débat, mais promettre à la fois la croissance du PIB - et toutes les promesses qui en découlent - et une baisse du nucléaire semble relever d'un grand écart pas vraiment compatible avec l'état de nos adducteurs...

Ah bon, mais on ne peut pas remplacer le nucléaire par des renouvelables et garder une économie qui ait les joues roses ? Ben c'est peut-être plus vite dit que fait quand on regarde les chiffres... :
http://www.manicore.com/documentation/petrole/Charbon_nucleaire.html  Incidemment, on se demande bien pourquoi le nucléaire semble tellement illustrer la quintessence de l'horreur écologique quand on regarde d'un peu près ce que donne son grand concurrent, qui n'est pas l'éolien mais le charbon : http://www.manicore.com/documentation/petrole/danger_charbon.html

Et le gaz ? Ben le gaz il contribue aussi au changement climatique, qui lui-même contribue déjà aux événements qui tuent un peu plus de monde et dégradent un peu plus les milieux naturels que les becquerels... sans compter que nous n'en avons pas en France. Ah bon, mais les gaz de schistes ? Petit rappel de géologie : en France nous savons que nous avons des schistes, mais à ce stade pas s'ils contiennent du gaz extractible en quantité significative. Pour le savoir, il faut nécessairement faire un trou (forer). On peut ne pas le souhaiter, parce que l'on considère qu'il vaut mieux laisser ce gaz sous terre, pour ne pas avoir la facture climatique qui augmente (car brûler du gaz, tout naturel qu'il soit, crée des émissions de CO2, je rappelle !), mais par contre à ce stade il est prématuré d'affirmer qu'il y a là un potentiel fabuleux. Et rappelons qu'aux USA l'essentiel des gaz dits de schiste par la presse... ne viennent pas des schistes ! (voir
http://www.manicore.com/documentation/petrole/gaz_non_conv.html ).

Dans ce contexte, qu'est-ce qui vient comme la chose la plus urgente à faire dans notre pays à l'esprit de d'aucuns politiques ? Subventionner la consommation d'énergie fossile ! Remarquez que si on veut copier les grecs, c'est probablement une bonne mesure pour y arriver plus vite :-) (voir
http://www.manicore.com/documentation/articles/TIPP_flottante_Obs.html ).

Peut-être qu'il vaudrait mieux essayer de faire avec moins de pétrole et autres carbonneries, ce qui - quelle surprise ! - aurait plutôt ma préférence (voir
http://www.manicore.com/documentation/articles/decarboner_echos.html). Très accessoirement, cela signifie que les entreprises devront apprendre à gagner de l'argent en sauvant l'environnement, ce qui est évidemment plus vite dit que fait, mais c'est indispensable... et passe par des tas de taxes, horreur ! (voir http://www.manicore.com/documentation/articles/decision_durable_mars2012.html)

40 ans après le premier choc pétrolier, qui, avec le recul du temps, peut être vu comme la première grande claque donnée par le monde fini au système industriel dans son ensemble, il va donc falloir accepter que plus nous croyons aux promesses d'un monde sans limites, et plus vite - et plus fort - nous aurons les crises qui se chargeront de nous rappeler que c'est un peu plus compliqué que cela. Il n'y a hélas aucune faute à "pas de chance" dans cette affaire, juste une absence collective d'envie de se mettre les yeux en face des trous.

Pourtant il y en aurait des choses à faire ! Mais aucune n'est compatible avec "travailler moins pour gagner plus", ce qui a objectivement été notre destin depuis que les combustibles fossiles ont transformé notre environnement en corne d'abondance. Comme la définition la mieux partagée du minimum indispensable est "ce que je gagne + 10%" (l'expérience montre que c'est assez indépendant du niveau de rémunération !), ca promet des débats intéressants... Et sur ce, bon vote !

Très cordialement à tous

Jean-Marc Jancovici"           http://www.manicore.com/