mardi 21 février 2012

OGM : Politique opaque


Matière première

La France, l'Union européenne et le maïs OGM

Le ministère français de l'Ecologie et du Développement durable a officiellement saisi, le 20 février, la Commission européenne pour suspendre l'autorisation de mise en culture du maïs Mon810 dans l'ensemble de l'Union européenne (UE). Le débat fait rage depuis plus de quatre ans.
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Mastodonte américain de la semence et des organismes génétiquement modifiés (OGM), Monsanto a débarqué en 1998 en Europe. Dix ans après, son maïs Mon810 était cultivé sur 107.719 hectares répartis sur sept pays : l'Espagne, la République Tchèque, la Roumanie, le Portugal, l'Allemagne, la Pologne et la Slovaquie. En 2008, La France, qui avait cultivé 22.000 hectares de maïs OGM l'année précédente (0,71 % des surfaces totales de maïs du pays), avait déposé un moratoire invoquant une clause de sauvegarde afin de prévenir « les risques sévères pour l'environnement » selon les termes de Nicolas Sarkozy.

A la suite de la décision française, la Cour Européenne de Justice saisie par les semenciers d'OGM (dont Monsanto) a décrété, en juin 2011, que la procédure de demande de moratoire avait été mal appliquée, avis rapidement suivi par le Conseil d'Etat français, qui annula la demande de moratoire en novembre dernier.

Au début de cette année, Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre française de l'Ecologie et du Développement durable, a fait de cette question son dernier combat écologique avant sa démission prochaine du poste de ministre, précisant qu'une nouvelle clause de sauvegarde serait lancée avant la période de semailles  (fin mars à mai en France). Pour ce faire, elle s'appuie notamment sur un avis de l'AESA (Autorité européenne de sécurité de l'alimentation) montrant que la culture de ce maïs OGM présenterait des risques pour l'environnement.

Sans surprise, la Confédération Paysanne, se dit satisfaite de la demande du gouvernement français et « appelle la Commission européenne à y répondre favorablement ». En revanche, les pro-OGM, tels que l'Union Française des Semenciers (UFS) et l'Association Générale des Producteurs de Maïs, « déplorent l'attitude du gouvernement ».

Cette demande de moratoire du gouvernement français survient dix jours après l'autorisation de la Commission européenne de la mise sur le marché de produits, destinés à la consommation humaine ou animale, à base de soja OGM. Actuellement, le maïs Mon810, est le seul OGM dont la culture est autorisée dans l'Union européenne, 15 autres semences sont en attente d'autorisation et plus d'une trentaine d'autres sont commercialisables. S'appuyant sur cette constation, François Desprez, le président de l'UFS, critique cette politique de « deux poids deux mesures », où la consommation de maïs et de soja OGM est légale depuis 10 ans et non la production. En effet, certains OGM en provenance d'autres pays peuvent être vendus dans les supermarchés, de même que de la viande nourrie aux OGM.

Dans un tel micmac, difficile d'organiser une politique européenne en matière d'OGM. Selon l'association Inf'OGM, l'Union européenne a « proposé qu'un Etat membre de l'UE puisse négocier avec une entreprise l'absence de culture de ses plantes génétiquement modifiées sur son propre territoire » la proposition est actuellement en cours de discussion. Elle ne sera sûrement pas validée avant les premiers semis français le mois prochain et relancera à coup sûr le débat sur la propagation des semences.

Marine Couderette

bien malin celui qui sait ce que l'on mange !