samedi 18 février 2012

Baudrillard et Mitterrand

P 106 : « Il se pourrait que le système entier de transformation du monde par l’énergie soit entré dans une phase virale et épidémique, correspondant à ce qu’est l’énergie au fond dans son essence : une dépense, une chute, un différentiel, un déséquilibre, une catastrophe en miniature, qui produit d’abord des effets positifs mais qui, dépassée par son propre mouvement, prend les dimensions d’une catastrophe globale. […] Le paradoxe de l’énergie est qu’elle est à la fois une révolution des causes et une révolution des effets, quasiment indépendantes l’une de l’autre, et qu’elle devient le lieu non seulement d’un enchaînement des causes, mais d’un déchaînement des effets. »

"la transparence du mal"  Jean Baudrillard


   La notion moderne d’Histoire, dans sa linéarité s’engendrant logiquement de cause en effet, n’est elle-même, pour Baudrillard, qu’un « immense modèle de simulation » (p. 19) Cette linéarité du temps historique a pour effet de repousser sans cesse son accomplissement, que ce soit sous la forme du Jugement Dernier, du salut ou de la catastrophe. Ce report perpétuel de la fin a entraîné, depuis les débuts du Christianisme, un mouvement de résistance sous la forme d’hérésies ayant pour but de hâter l’avènement du Royaume de Dieu, de mettre fin au temps. À la perspective historique, qui reporte l’échéance finale dans un avenir hypothétique, s’oppose l’exigence d’un accomplissement immédiat, une anticipation de la fin visant à « détourner Dieu de l’histoire et à le placer devant ses responsabilités, celles de l’au-delà de la fin, celles de l’accomplissement » (p. 20). De cette même exigence viendrait peut-être, selon Baudrillard, le « fantasme global de catastrophe qui plane sur le monde contemporain » (p. 21) comme volonté impatiente de résolution, pour mettre fin à la dissolution de l’histoire dans une irréalité (hyperréalité) sans fin. C’est l’hypothèse qui sera développée dans un chapitre ultérieur, « La gestion de la catastrophe » dans lequel Baudrillard propose qu’à force de vouloir échapper à la catastrophe naturelle et imprévisible, nous soyons passés à un stade de la catastrophe fabriquée avant d’en arriver, possiblement à celui de la catastrophe programmée, « délibérée et expérimentale » (p. 105).

  Ce que l’on retrouve chez Baudrillard, c’est une véritable nostalgie de l’apocalypse, d’un monde ou l’on pourrait encore rêver de la fin, espérer un dévoilement, une apothéose au lieu de ce long et fastidieux déroulement rétrospectif d’une histoire qui revient sur elle-même, ayant dépassé, sans le savoir, le point critique qui sépare l’humain de l’inhumain.
Ce revival de formes disparues ou en voie de disparition, cette tentative d’échapper à l’apocalypse du virtuel, est une utopie, la dernière de nos utopies - plus nous essayons de retrouver du réel et du référentiel, plus nous nous enfonçons dans la simulation, honteuse cette fois, et de toute façon sans espoir. (p. 163) "l'Illusion de la Fin"
Encore :
 "Nous sommes en train d'effacer tout le XXème siècle. Nous sommes en train d'effacer un à un tous les signes de la guerre froide, peut-être même tous les signes de la Seconde Guerre mondiale, et ceux de toutes les révolutions politiques ou idéologiques du XXème siècle. Non pas dans le sens d'un sursaut en avant de l'histoire, mais dans le sens d'une réécriture à l'envers de tout le XXème siècle, qui va occuper largement les dix dernières années de la fin du siècle. Au train où nous allons, nous serons bientôt revenus au Saint Empire romain germanique. Et c'est cela peut-être l'illumination de cette fin de siècle, et le véritable sens de cette formule controversée de la fin de l'histoire. C'est que nous sommes en train, dans une sorte de travail de deuil enthousiaste, de ravaler tous les événements marquants de ce siècle, de les blanchir, comme si tout ce qui s'était passé là (les révolutions, la partition du monde, l'extermination, la transnationalité violente des Etats, le suspense nucléaire) - bref l'histoire dans sa phase moderne - n'était qu'un imbroglio sans issue, et que tout le monde s'était mis à la défaire cette histoire avec le même enthousiasme qu'on avait mis à la faire." Baudrillard 1992 (!,l'illusion de la fin...)

le "mignon" pour la fin, la copine de Baudrillard qui chantait ses textes, chantait aussi les texte de notre ministre. je vous conseille le coup d’œil ! inattendu... je ne pense pas que notre ministre sache que ses textes sulfureux courent encore sur la toile.

texte n° 51, Baudrillard