dimanche 11 septembre 2011

En Inde, (ni)VU (ni) CONNU

L’identité biométrique, arme anti-corruption des Indiens 

nous sommes prévenus !

 (extraits. Article complet)

L’Inde a de grandes ambitions biométriques, puisqu’elle veut constituer une deuxième base, destinée celle-là à la sécurité du pays. Et là, la lutte anticorruption ne sera plus une justification suffisante pour apaiser les craintes de la population indienne.

Une opération très simple : une photo du visage, une analyse de l’iris et l’empreinte des doigts fourniront une identité biométrique, conservée à jamais dans une base informatique. Elle prendra la forme d’un numéro à 9 chiffres.
Objectif du gouvernement ? Enregistrer la moitié de la population – 600?millions de personnes – en quatre ans. Une dizaine de millions d’Indiens a été numérisée, depuis le lancement du projet en août?2010. Mais l’Etat appuie sur l’accélérateur depuis que la foule manifeste bruyamment dans les rues contre la corruption du pouvoir.

les programmes sociaux existent bel et bien dans la péninsule : le projet phare, ce sont "les 100 jours de travail communal", qui garantissent un revenu minimal à tous ceux qui sont en dessous du seuil de pauvreté. Une assurance médicale donne un minimum de soins aux familles, contre une taxe symbolique. Les étudiants ont droit à des bourses. Et enfin, il y a l’aide la plus populaire : la carte de rations pour 5 denrées de base, qui permet de se nourrir pour un prix subventionné (et qui servait jusqu’à présent de document d’identité aux plus pauvres).
L’Inde consacre 30?milliards de dollars à la lutte contre la pauvreté… Sauf que 85% de ces sommes sont détournées par les fonctionnaires et les chefs de village !
le plan contre le fléau : "Chaque Indien enregistré sur la base pourra maintenant réclamer ses droits, en donnant son numéro, et en prouvant que c’est bien lui, simplement en posant un doigt sur un lecteur optique. Il obtiendra ainsi le versement automatique de ses aides sur son nouveau compte en banque. L’argent ne transitera plus par les mains des chefs de village, qui gardaient l’essentiel des sommes."

Officiellement, c’est le seul but du projet. Mais les sociétés qui font les enregistrements sur le terrain vendent aussi leurs précieux renseignements à des partenaires commerciaux qui, pour leur ciblage marketing, demandent la collecte du niveau d’études ou de la religion.
Du coup, l’opération est devenue suspecte aux yeux des Indiens éduqués et urbains, surtout s’ils ne sont pas hindouistes. "Je n’irai certainement pas me mettre sur cette base, jure Abdul, un jeune cadre informatique. Je ne veux pas que les banques me déversent leurs prospectus. Et je ne veux pas non plus inscrire ma religion, même si mon prénom suffit déjà à m’identifier !"
Un compte bancaire biométrique
Car la mise en fiche a un versant économique : étant le premier à "numériser" intégralement sa population, le pays espère que ses entreprises sauront en profiter pour exporter leur savoir-faire.
Principal secteur concerné : la finance. En même temps qu’on le recense, chaque Indien obtient un compte bancaire "biométrique". Les banques souhaitent supprimer ainsi les cartes à puce, les chèques et tous les outils coûteux et peu adaptés à des populations démunies.
"N’importe quelle transaction se fera avec votre empreinte digitale. Ce sera sûr à 100%, et nettement moins cher à traiter. Cela devrait convaincre les classes moyennes de venir s’enregistrer elles aussi, même si elles ont déjà des papiers d’identité. La biométrie va faciliter la vie de chacun"

Une entreprise française au coeur de l'opération :
Pour plus d’efficacité, un ancien président du groupe informatique Infosys s’est entouré exclusivement de cadres qui ont travaillé en Californie.
"Notre spécialité, c’est le logiciel central : le moteur biométrique qui bénéficie des meilleurs algorithmes, grâce à l’excellence française en mathématiques, explique Joachim Murat, qui pilote Morpho en Inde. Nous sommes la seule société présente commercialement sur les trois points clés du projet : les moteurs biométriques, les capteurs biométriques et les agences d’enrôlement sur le terrain."
"En termes de taille, le programme indien est 2,5 fois plus important que les données contenues sur Facebook, et 10 fois plus grand que la principale base de données biométriques existante. Il faudra une puissance informatique hors du commun pour faire le tri, en quelques secondes, entre des centaines de millions d’iris et d’empreintes digitales. Tous les petits malins du pays ont déjà compris une chose : s’ils arrivent à se faire enregistrer plus d’une fois, ils multiplieront aussi les aides sociales qui tomberont dans leurs poches. Le premier défi de la collecte est donc d’éliminer les doublons.
Est-ce que la machine tiendra le coup, quand il lui faudra mouliner un milliard d’individus ?

Entre les bases de données, les nouveaux passeports, les cartes d’identité, les permis de conduire, les experts de l’agence Markets and Markets estiment que ce marché d’identité biométrique pourrait atteindre 8?milliards d’euros, dans les cinq ans qui viennent. Chez Mahindra, on table sur une quinzaine de milliards d’euros, d’ici à dix ans. Les voisins de l’Inde, comme le Népal, ou les pays africains consultent déjà New Delhi pour construire la même base biométrique dans leurs pays, afin que les plus pauvres aient un moyen simple et bon marché de s’identifier.
Claude Soula - Le Nouvel Observateur

je n'ai qu'une seule chose à dire : bravo !
une belle avancée pour les pauvres et la démocratie. 
(au fait, pour les australiens c'est déjà fait ! )vivement que la planète soit totalement numérisée ! 

comment on dit 1984 en Indien ?