mardi 30 juin 2020

"Chroniques Insulaires". 2030. Chapitre VIII.

Géocédille Auteur, Merci !

Partie 8

"Où nous revenons nos moutons".
Etrangement, l'insulaire que je suis constatait que l'effondrement de l'économie mondiale avait eu un effet bénéfique sur la vie de l'île.

L'hiver, la population ne partait plus pour le continent et l'ile ne se retrouvait plus comme paralysée pendant les longs mois d'hiver. Les tavernes restaient désormais ouvertes en toute saison et des commerces rouvrirent dans la plupart des villages pour les besoins de cette nouvelle clientèle.

Les métiers traditionnels refirent florès. Le vanneur du village, qui autrefois ne faisant semblant de travailler que pour attirer les touristes au profit de la taverne de dame Calliope ne parvenait plus à produire les paniers qu'on lui commandait et prit quelques apprentis parmi les jeunes qui ne savaient plus quoi faire maintenant que la console de jeux était muette. Tous ceux qui avaient des oliveraies se dépêchèrent de bien les désherber et les augustes arbres, dont certains, disait-on, étaient vieux de plus de mille ans, redevinrent le cœur de l'économie de l'Ile. Tous les hommes des villages environnants furent réquisitionnés pour descendre l'antique presse à huile qu'on avait exposée près de la fontaine comme un monument du passé de son piédestal afin de la mettre en état de fonctionner. On y attelât la mule de Théodoros et on goûta avec des airs de connaisseurs les premiers litres d'huile d'olive produite au village en faisant semblant de ne pas remarquer l'arrière-goût de dégrippant dont on avait un peu trop abondamment arrosé l'engrenage. Les femmes de villageois, par contre sentirent fort bien le dégrippant et les deux cent premier litres furent décrétés bon à fournir de l'éclairage.

Les pêcheurs aussi connurent des jours fastes. La fin de la pêche industrielle permit le retour d'espèces oubliées depuis longtemps. Le thon en particulier devint à nouveau abondant et on se pressait sur les quais pour assister au débarquement de la pêche quand les caïques revenaient au port.




La fin du pilotage des infrastructure depuis l'UE mis un terme au massacre du paysage.

Pour faire face au manque d'eau l'été, l'UE avait financé l'installation d'un vaste réservoir rectangulaire creusé sur presque toute la largeur d'un charmant vallon fertile ou tortillait un petit torrent de montagne. Les bulldozers avaient saigné la montage pour creuser un vaste un trou rectangulaire aux bords inclinés qui avaient ensuite été tapissés de bâches plastiques noires.

On constata dès la première année que l'eau accumulée l'hiver s'évaporait trop vite au rude soleil de l'été et le réservoir ne se remplissait jamais à son maximum. L'évaporation provoquant la concentration des polluants, l'eau s'avérait impropre à la consommation et les gens tombèrent malade. Les experts tentèrent de recouvrir la surface de l'eau de milliers de balles de caoutchouc noir pour empêcher l'exposition de la surface au soleil afin d'empêcher l'évaporation et les réactions chimiques provoquées par les UV qui créent des substances cancérigènes. Mais le niveau baissait quand même et les balles finissent disséminées dans le paysage. Le vent finit par arracher les parties des bâches exposées et l'étanchéité de l'ouvrage fut compromise. L'UE n'étant plus là pour organiser les travaux, les gens du cru reprirent les choses en main.





On utilisa le sable et la terre du réservoir pour barrer le vallon sur toute sa largeur, juste avant la plage de sable fin. La stabilisation de cette dune fut assurée par la plantation joncs et de ces arbres qu'on appelle almiriques ici, car ils aiment l'eau salée.



En une saison, le fond du vallon s'est métamorphosé en zone humide. Le sol s'est imprégné d'eau qui n'affleure à l'air libre que dans le lit ombragé du ruisseau, naturellement protégé de l'évaporation malgré le soleil d'été.
Les troupeaux paissent dans ces pâturages humides salés, donnant une viande particulièrement savoureuse. Toute une variété d'oiseaux aquatiques se sont installés dans la retenue d'eau mais aussi des tortues et des mammifères aquatiques.




Dans les hauteurs, on remis en service les vieux colombiers : L'importation d'engrais phosphatés ayant cessé, il fallut trouver un moyen d'en produire sur place et on se mit de nouveau à collecter la fiente des colombes qui est un excellent engrais. Les ailes des vieux moulins se remirent à tournoyer dans le vent, On ne pouvait plus compter sur les meuniers industriels pour moudre le blé. On en construisit même de nouveaux, sur le modèles des moulins à blé mais équipés d'un alternateur afin de produire l'électricité que les centrales thermiques ne produisaient que de façon erratique quand du combustible était disponible.

Bientôt la moindre terrasse fut cultivée, qui plantant de la vigne, qui des arbres fruitiers, qui des oliviers. Les graines et semis devinrent d'une importance cruciale et on mis en place des bibliothèques de semis qu'on organisa de façon méticuleuse. Il y avait les conservateurs chargés de la bonne préservation des semis, les classificateurs, chargé de répertorier les variétés et de tenir à jour les catalogues. Les commis-voyageurs étaient pour leur part chargés de se rendre auprès des banques de semis similaires qui avaient fleuri sur les autre iles et jusque sur le continent. Leur rôle était d'échanger des variétés locales de semis avec des semis disponibles dans d'autres bibliothèques. Les acclimateurs avaient la tâche la plus délicate : celle d'empêcher l'entrée au catalogue de plantes génétiquement modifiés, singulièrement les hybrides stériles qui avaient ravagé la production agricole d'un certain nombre de pays. L'acclimateur devait cultiver la plante pendant deux années pour s'assurer que les plants étaient féconds mais aussi pour juger de leur innocuité.

Le personnel des banques de semis bénéficiait d'un statut particulier digne d'un ordre monastique. Toute transaction marchande leur était interdite, le négoce des semis étant décrété non marchant. Les commis bénéficiaient de l'immunité lors de leurs déplacements. Chacun était tenu de les loger, nourrir et transporter gratuitement dans le cadre de leurs missions. Ils vivaient de la générosité de la population qui les tenait en grande estime.