mardi 23 juin 2020

"Chroniques Insulaires". 2030. Chapitre II

Merci Géocédille, auteur !


La bombe atomique, c'est inutile dans un affrontement interieur.

2e partie

« Le regard des lapins dans les phares. »




Au début, tout continua comme d'habitude. Peu à peu, cependant, sur les rayons des magasins, l'espace vide se mit à augmenter.
Les employés comblaient le vide en étalant les produits restants, laissant le fond des rayonnages vacants.

Bientôt on se mis à remplir des rayons entiers de supermarchés de bouteilles d'eau minérale. Les bouteilles remplirent bientôt la grande majorité de l'espace des grandes surfaces mais chacun faisait comme s'il ne remarquait rien.

Comme des lapins pris dans les phares la population ne savait pas quoi faire de cette situation nouvelle qui lui était tellement étrangère.

Jamais ils n'avaient eu à se préoccuper de comment ce qu'ils consommaient étaient produits. Ou du moins, quand ils s'y intéressaient c'était avec le regard sévère du consommateur exigeant et aguerri à l'art de bien consommer : Est-ce bien bio ? Est-ce que cela n'a pas contribué à la déforestation de l'Amazone ?

Il y avait l'expert en débusquage d'huile de palme. Le militant de l'emballage recyclable. La consommatrice soutenant l'économie équitable. Les pourfendeurs du gavage des canard. Mais rien dans leur existence ne les avait préparé à des étals tous simplement vides.

Le prix de ce qui restait flambait mais étrangement ce n'était pas vraiment un problème. L'argent était devenu totalement numérique, ce qui empêchait tout bank run. Mais le bank run n'était pas le problème. Les gens avaient trop de fric car ils ne trouvaient plus de quoi le dépenser.

L'envie de dépenser elle-même s'était étrangement évanouie. L'avenir était inimaginable.

Toute leur vie, on leur avait suggéré quoi penser. La pub leur disait ce qui était à la mode. Ce qu'ils devaient acheter pour être 'in'. Ce qu'il fallait jeter car c'était 'out'. Les présentateur de la télévision leur disaient ce qui était bien ou pas bien.

Les people leur montraient la voie à suivre. La direction du progrès.
Même quand on leur avait parlé de l'urgence climatique c'était pour leur suggérer immédiatement le produit ou le service écolo performant.

Leur liberté c'était choisir entre des solutions toutes faites et c'était confortable. Mais là, soudain, sans crier gare, personne ne leur suggérait plus rien.

La pub bien sûr continuait de leur susurrer à l'oreille que la dernier SUV hybride allait sauver les ours blancs tout en réglant leur crise de la cinquantaine.
Les états leur faisaient des conditions de reprise irrésistibles et les banques des conditions de paiement avec des taux négatifs.

La Pardashian twittait ses fesses nouvellement refaites pendant que Threta Gunberg, la jeune président de la Commission Européenne interdisait le transfert de migrants vers les Amériques autrement qu'en voilier.

... Mais en dépit de toute cette agitation rien ne les atteignait plus. Ca ne répondait pas à leurs questions.
Personne posait d'ailleurs LA question, ni parmi les médias, ni parmi les politiques. Les citoyens eux-mêmes en étaient bien incapables. La demande en produits manufacturés et en service étaient en chute libre. Les gens achetaient juste de quoi manger. Du moins tant qu'il y eut à manger.

A la fin de l'année fiscale suivante les faillites ont commencé.
Tous les grands distributeurs ont mis la clef sous la porte. De Wallmarck à Catrefour, de la Suède au Cap.
En à peine quelques jour des milliards de gens n'ont plus su comment se ravitailler.
Les bons de nourriture généreusement octroyés par les états et les ONG ne servaient à rien.
Les soupes populaires fermèrent faute de soupe.

Au bout de trois jours les émeutes ont commencé un peu partout en Occident dans les 'zones sensibles'.

A l'exemple de ce qui avait été testé à Seattle, la police a quitté les lieux.

Des Zones Autonomes ou ZA furent crées à Los Angeles, New York, Saint Denis, Manchester, Molenbeck, Rotterdam...
Des milices locales se sont autoproclamées 'Comité pour la promotion de la vertu' et ont taxé la population selon une grille de lecture intersectionaliste.
Les blancs devaient déclarer tout stock de nourriture aux autorités des zones autonomes, jusqu'au moindre paquet de chips.

Il était temps pour eux de rendre tout ce qu'ils avaient pillé aux racisés de par le monde.