samedi 2 mai 2020

Art copte, IV° siècle.



Châle de Sabine - tapisserie, laine
IVe - Ve siècle après J.-C.  - Provenance : Antinoé - Tombe de Sabine
Fouilles Albert Gayet, 1902 - 1903
Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre - E 29302 

Gaston Maspero est tout acquis à l'art pharaonique, mais il estime aussi que d'autres époques, postérieures, très peu étudiées jusqu'alors, peuvent se révéler dignes d'intérêt. Il incite l'égyptologue Albert Gayet à orienter ses recherches "dans une direction encore mal connue : l'archéologie de l'Égypte de l'antiquité tardive".

C'est ainsi que Gayet se retrouve, en 1896, en Moyenne-Égypte à fouiller la cité d'Antinopolis (Antinoé), aidé par son mécène, l'industriel lyonnais Émile Guimet.


Illustration représentant les fouilles d'Albert Gayet à Antinopolis 
(publiée dans le Petit Journal - 1904-686)


"En deux mois, deux mille caveaux furent ouverts : cinquante seulement dans la nécropole antique, cinq cents dans la nécropole byzantine, onze cents dans le cimetière chrétien".

En 1903, au cours de sa huitième saison, Gayet se concentre sur la "nécropole de la plaine". Il découvre des caveaux de patriciens, richement vêtus. Au IIIe siècle en effet, la momification n'est plus pratiquée et le défunt est inhumé dans ses plus beaux vêtements, parfois même superposés en plusieurs épaisseurs. 

"Au nord de la plaine, en périphérie de la tombe de Thaïs (Thaïas), il découvre, sous des sépultures déjà ouvertes en 1901, les corps de dix-huit femmes, accompagnées de palmes et enveloppées dans des suaires maintenus par des bandelettes portant une inscription que l’archéologue traduit par 'les Élus d’Antinoé'. Dans un des caveaux de la vallée nord, Albert Gayet exhume une sépulture appartenant 'au type du sépulcre maçonné, recouvert d’un bloc de pierre et de briques aggloméré', dans lequel repose une femme dénommée Sabine 'qu’à la richesse de sa toilette, on peut qualifier de patricienne, bien qu’aucune mention de rang ne soit ajoutée à son nom'. Divers objets avaient été disposés auprès de la morte, 'une pierre gnostique, image d’Abraxas, le principe des 365 cieux du système de Basilide ; le poisson d’ivoire, symbolisant l’ichthys ; un lion de bronze, emblème de la force ; un collier de perles et améthystes."
 
Sabine est vêtue d’une "robe de laine rose sur laquelle est drapé un mantelet de bourre de soie pourpre, garni d’un gros bourrelet, entourant le front. La partie inférieure de son corps est enveloppée dans un châle de laine rouge, à carrés et appliques d’angles, médaillon central et semis de motifs brodés". 

Les carrés ont le même fond et sont bordés d'une frise identique. Des héros mythologiques y sont représentés : Artémis son arc à la main, Apollon et Daphné.

Le médaillon central est entouré d'un motif reprenant les thèmes et couleurs des galons, putti et éléments végétaux. Au centre, Apollon est représenté conduisant son char.

La toile est joliment parsemée de fleurs et de putti.


On ne peut qu'infiniment regretter qu'elle ait été découpée, puis dispersée ... 

Il est toutefois à signaler qu'un ensemble de quatorze motifs en semis et un fragment de toile rouge provenant du Châle de Sabine, mis en vente aux enchères, chez Pierre Bergé & Associés, à Drouot-Richelieu Paris le 26 novembre 2013, a été préempté par le musée du Louvre à 200.000 €.  Source