jeudi 26 mars 2020

Expertise et culture générale.

de Gaulle : "La véritable école du commandement est celle de la culture générale."


Il y aurait tout un bouquin à faire sur ce que révèle le mantra du culte du cargo de "la confiance aux experts" dans cette crise, et à quel point c'est une anti-expertise.

L'expertise s'exerce sur des données connues dans un cadre précis. Or dans une situation inédite, par définition, ni le cadre ni les données ne sont maîtrisés, ou en tous les cas on ne peut pas présumer qu'ils le sont.

L'art du commandement, ou de la stratégie, ou de la décision, commence justement là où l'expertise seule n'est plus pertinente, commence avec l'art de se rendre compte qu'elle n'est plus pertinente.

Et un des enseignements de la guerre en tant qu'activité humaine est qu'il faut prendre des décisions en état d'incertitude. L'expert peut se prononcer lorsqu'il a toutes les données du problèmes ; le chef est celui qui doit trancher avant qu'on ait toutes les données.

....Sentiment d'être à St-Cyr en 14 et d'y apprendre la charge sabre au clair en pantalon rouge....

Le culte du cargo de l'expertise est anti-expertise puisqu'il forclot la discussion essentielle du contexte sans lequel l'expertise n'est qu'une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, ne signifiant rien.

Dire qu'on ne peut pas s'exprimer sur l'épidémiologie si on n'est pas épidémiologue est une attitude fondamentalement anti-expertise puisqu'elle remplace toute discussion du fond, de la réalité du problème à résoudre, par un argument d'autorité. C'est de la pensée magique.

... tout modèle est une recette (c'est ce que le mot "algorithme" veut dire) qui se réduit à "Si les conditions A, B, et C sont remplies, alors X se produira" et le véritable art de l'épidémiologue (ou de l'économiste, ou du financier, ou du sociologue) ne réside pas dans la formule qui permet d'aller de "A, B, C" à "X" mais dans le choix des "A, B, C" alors qu'un autre aurait pu choisir "D, E, F". Et c'est un art. Il est absolument destructeur de toute pensée--c'est le populisme des gens éduqués--de dire "il se produira X parce que les experts l'ont dit" alors qu'ils n'ont pas dit ça.

Ils ont dit--ils ne PEUVENT QUE DIRE--"Si A, B, C, alors X".

Evidemment, je ne dis pas qu'un épidémiologue choisit ses "A, B, C" au pif et que ma grand-mère peut tout aussi facilement dire "D, E, F", mais j'affirme résolument qu'un citoyen éclairé, diligent, intéressé, a toute légitimité à remettre en question les "A, B, C". Non seulement que c'est légitime, mais que c'est essentiel. Que si le terme d'"expertise" a un sens, l'expertise est du côté de ceux qui prennent en compte toutes les données du problème, et de ceux qui étudient le fond du problème et pas le CV de celui qui parle.

Aucun modèle ne peut intégrer l'impact psychologique sur une population de minimiser une menace, puis d'annoncer la fermeture des écoles, puis d'autoriser la tenue d'un scrutin national.

La véritable école du commandement, c'est la culture générale.



;)