samedi 25 janvier 2020

Digressions saturniennes.

(Samedi est le jour de Saturne.)


La spiritualité s’ancre dans la Terre, dans le paysage, scande le temps.

Où est-ce l’inverse ? La Terre qui influe sur le spirituel ? Une symbiose règne, l’une va avec l’autre dans l’étreinte.

S’arracher à l’une c’est perdre l’autre. Mode de vie, symboles ou instruments des nécessités biologiques adaptés à une géographie.

Une religion hors sol meurt. Comme Josette, vieille paysanne achevée par la faim et la solitude.
Elle n’était pas adaptée à l’histoire ni à la géographie contemporaines. (Cf : faits divers.)

Quand la Terre appartient à tout le monde, elle n’appartient à personne. Plus aucun responsable à l’horizon.

Plus de devoirs, plus de droits. Comme les esclaves, libres de tout poids du péché de la faute qu’ils ne sont pas en mesure de commettre. L’esclave est irresponsable.

(Comme les femmes l’ont été, les bienheureuses, ainsi que les enfants).

Détruire Notre-Dame signifie effacer le centre, plus de routes qui se rejoignent ou se séparent, plus de point de rencontres, désorientés nous allons. Déboussolés symboliquement.

Quand on détruit un symbole, on détruit l’esprit et la lettre de ce qu’il représente.

On en perd le sens. En perdant le sens on perd la raison. La raison s’ancre dans le réel. Dématérialiser  comporte une part de folie.

Plus de places de l’église avec sa mairie, sa poste et son café-tabac-journaux, trop datées. La place du village avec son monument aux Morts, ses pavés, son marché et les papotages des vieilles femmes en tablier qui vont et viennent d’étals en étals.



Maintenant nous admirons des rond-points. On tourne sur soi-même autour d’un totem fleuri. Laid de preference.

Puisque tout se vaut, quelle différence entre un cercle, un triangle ou un rectangle ? Pourquoi le chemin le plus court resterait-il la ligne droite dans un monde où plus personne n’est apte à lire une carte ?

In Waze you trust. C’est qui, Waze ? The god of road.

Quelle transmission ? Pour quelles valeurs ? Quels emblèmes ? Quelle culture, quel patrimoine ? À l’intention de quels enfants ? En quelle langue ?

Pourquoi l’Angelus de Millet a eu une telle longévité ? Parce qu’il contait : « Sur la Terre comme au ciel ».

l’Angelus, au loin, chantait que la journée de travail aux champs s’était bien passée, que l’odeur des sillons était enivrante, que c’était bientôt le dîner souper et que celui-ci était mérité.

L’Angelus rappelait l’Annonce à Marie. « Marie qui portait un secret en son cœur ».

Dieu bénissait la longue journée passée courbés et crottés. C’était ça, le secret. La bénédiction de la tâche accomplie.

Pas besoin de parler, la cloche au loin sonnait l’heure de la délivrance. On rentrait au foyer.

Et pour rentrer on marchait, on respirait dans la sérénité et la sécurité les plus parfaites. Et chaque jour était semblable au précédent et nulle plainte de sa condition ne suintait puisque demain ne pouvait être que meilleur. On y travaillait dur.

Cet univers quasi contemporain a été détruit mais pour quel gain ? Je cherche... ne plus avoir mal au dos et ne pas avoir les mains déformées par les rhumatismes dus aux lessives à l’eau froide ?

Les GJ(*), sur leurs rond-points se sont souvenus. Ils savent au fond d’eux que quelque chose ne tourne pas rond. Ils le savent parce qu’ils ont eu des ancêtres qui fanaient dans la chaleur généreuse du mois d’août. Et ces ancêtres riaient, le soir venu, ensemble réunis dans la fierté du labeur accompli.

Leurs parents ou grands-parents, pour les plus jeunes.

—— j’ai écrit moultes grossièretés telles que « labeur », « faner », « Angelus », « raison », etc....vous voudrez bien m’en excuser. J’ai pu choquer certains d’entre vous.

[(*) les GJ, les cloches, ils se les ont bien faites sonner.]