samedi 7 décembre 2019

Un petit tour à Gennevilliers en passant.

Gennevilliers.






Au début du XXe siècle, les quartiers du pont de Saint-Ouen et des Grésillons, du fait de leur emplacement privilégié près de la Seine et de la voie ferrée, attirent de nombreuses entreprises. Source

Si, en 1896, on recense déjà 13 ateliers mécaniques aux Grésillons, c’est l’installation, en 1904, de l’usine à gaz qui marque cet essor. Les vastes terrains à faibles prix et la proximité de Paris attirent massivement les entrepreneurs. De grandes industries s’implantent : métallurgie, construction automobile, produits chimiques, aéronautique, énergies... Après une longue gestation, le port est inauguré en 1950, ouvrant la voie à de nouvelles possibilités de développement. La vague de désindustrialisation des années 1970 affecte tardivement la ville et l’amène à se diversifier vers d’autres secteurs d’activité.






Caillebotte (1848-1894), une promenade entre amis à Gennevilliers :



Une vue d’Epinay du même :


Monet : La Seine au petit Gennevilliers

Plan des fortifications adopté en 1841. Lire ici

Les « Fortifs » de Paris on poussé les plus pauvres...:






(Biffins).


...et leurs biffins à Gennevilliers : Un fort de Thiers. 2 les fortifications

 A Paris, la profession de chiffonnier bénéficiait d’une reconnaissance des autorités de police (comme pour les taxis aujourd’hui): chaque chiffonnier (également appelé Chiftire) se voyait attribuer un crochet, une hotte, un secteur et une plaque. Ce travail avait son utilité sociale, prémices du « tri sélectif » pratiqué aujourd’hui. De nos jours, le terme de chiffonnier conserve un côté péjoratif quand il veut désigner une personne mal habillée, parlant souvent un langage vulgaire. L’expression « se battre comme des chiffonniers » témoigne encore de l’âpreté de ce métier; pour un simple vieux chiffon, les hommes étaient prêts à se battre.
Le décor est planté, revenons-en à Lulu. Il a passé sa prime jeunesse Aux Mourinoux, terminus actuel de la ligne de métro N° 13, à la frontière de Gennevilliers, au temps où les champs, les terrains vagues et les sablières constituaient ce quartier. Dans cet espace se sont rassemblés les chiffonniers repoussés de Paris et des fortifications, espaces et terrains vagues qui entouraient Paris, approximativement à l’emplacement du périphérique actuel. Pour l’anecdote il y avait aussi dans le quartier « Le Père Petit », qui portait bien mal son nom puisqu’il mesurait plus de 2 mètres, qui élevait des cochons nourris par des « tinettes » emplies des eaux grasses des hôpitaux de Paris. Par préoccupation grégaire les biffins se rassemblent par groupes d’affinité, par familles. Ils s’appelaient Laroque, Breton, Bohin, Quelquejeu, Verchel, Picard… et c’est ainsi que Lulu de la famille Laroque se retrouve aux portes de Gennevilliers. C’est une façon de vivre en famille qui leur convenait. « Le travail est dur, mon père part pour les beaux quartiers de Paris à trois heures du matin avec charrettes, sacs, crocs, chacun vers son secteur. Parfois on empiète sur le secteur de l’autre ce qui provoque rixes et bagarres, nombreuses dans cette catégorie professionnelle.» raconte Lulu et il continue : « Plus tard il achètera une Camionnette Citroën type H « TUB » et 1 Renault 1000 Kg ce qui rendra le travail moins fatigant. Au retour les sacs, plus de 100 kg pour certains, sont déchargés aux crocs qui s’enfoncent dans les toiles de jute, mon père les portait tout seul, on n’était pas feignant à l’époque. Au retour vers 8 heures du matin Ils vont ensuite « triquer » c’est-à-dire déverser leurs sacs sur une sorte de tamis constitué d’un grillage tendu sur des tréteaux, et on pouvait ainsi les trier et les répartir par catégories dans différents récipients. Plus tard, la bureautique évoluant, leur trésor deviendra plus noble avec les feuilles de « listing » revendu à prix d’or aux papeteries qui recycleront ces papiers carton. Chaque chiffonnier faisait avec ces paperasses une balle, genre de cube sanglé et compacté, qui finissait, montée à l’échelle avec le croc, dans les greniers. Ces opérations étaient très rentables, d’autant que certains trichaient en mouillant les papiers et cartons du milieu de la balle pour qu’elle pèse beaucoup plus lourd car vendue au poids. Certains de ces biffins achèteront à Herblay des maisons et des terrains pour augmenter leur pécule. Les balles seront ensuite revendues chez Margoline et Stopete grossistes de la récupération de papier et cartons. Vers midi-une heure tout le monde va se laver les mains, voire se doucher, pour s’habiller ensuite avec ces « cotes de travail » salopettes noires avec des bretelles et direction le Bougnat pour boire, jouer aux cartes, chanter et raconter sa matinée. Pendant ce temps les femmes s’installaient sur le trottoir et tenaient la conversation avec les voisines tandis que les « mômes » jouaient dans la rue ou sur le trottoir. Les familles étaient nombreuses, 5-6 enfants c’était courant, voire même 15 enfants. Souvent au retour du matin les pères distribuaient les jouets trouvés dans la biffe en disant « Tiens mon homme c’est pour toi ».Tout à coup un cri jaillit dans la communauté « Y’a la guerre à Colombes ». Ni une ni deux tous les hommes sautent dans les voitures par groupes de 4 ou 5 et foncent vers les chiftirs de Colombes et c’est la bagarre pour divers prétextes futiles ou pour une femme courtisée par un étranger. Mais les hostilités s’arrêtaient bien vite après quelques blessures physiques ou morales, la paix revenait.
———c’était encore l’époque des privilèges blancs... 

(Herblay, c’était le fin fond de la Seine et Oise...c’était le moyen de pouvoir se payer un toit sur la tête. Herblay et les alentours c’était 100% rural, agricole. Une ville comme Villiers le Bel ce n’était que vergers...).
...la banlieue nord s’est donc embourgeoisée du 19° à la mi 20°, portée par l’industrialisation dynamique.
Les employés comme les patrons ont fait fleurir la meulière. L’habitat ouvrier était plus spécifiquement en « pierres de Paris ». Une sorte de sous-meulière. 


(Herblay au début du 20°).

Le pavillon en meulière est une perle architecturale. Non comparable à une Mansart, certes ! Mais la conception du pavillon classique fut une grande réussite qui perdure.

Son sous-sol total comprenant une cave à vin, une cave à charbon, un lavoir, un espace de stockage avec sortie sur jardin. Un joli perron, une entrée, salon sur rue, cuisine sur jardin, bel escalier bois, chambres à l’étage, vaste grenier. Le tout sur un terrain, agrément et potager, clapier et poulailler.

Toujours le même plan orignal, la même conception...seules les proportions de la maison marquaient les différences de classes.




Petite et moyenne meulière ouvrière et employée avec son auvent caractéristique.





Grosse meulière bourgeoise avec sa classique glycine.


———- en 2019, après un effort soutenu qui force le respect depuis les années 1970, nous en sommes là :


Et là :


C’est tout à fait remarquable. 


En plus il y a le M° ! (Ligne 13). Et le RER.

En longeant la Seine à Gennevilliers ou à Épinay on voit encore les vestiges des meulières et Mansart de la fin du 19°-début 20°.... elles donnent sur le fleuve, certaines ont des parcs magnifiques... beaucoup sont très mal entretenues, abandonnées par leurs propriétaires, rachetées par les promoteurs pour construire ces magnifiques logements staliniens.

Les russes ont exactement les mêmes immeubles en banlieues moscovites.

Un copié collé qui a traversé les steppes !

—— je sais que vous vous en moquez de Gennevilliers 😉 mais à travers son histoire contemporaine on suit la logique d’urbanisme ainsi que le destin de certaines professions.

On remarque que suite au premier choc pétrolier l’industrie a déserté la banlieue, l’artisanat aussi.

Mais en mouvement inverse, la population a augmenté proportionnellement aux pertes d’emplois.

On ne pouvait donc que s’attendre à une baisse de la qualité et du niveau de vie.

J’ai toujours trouvé les barres d’immeubles indignes. C’est mon sentiment, pas une vérité.

On entasse des gens sous-payés et on rêve qu’il ne se passera rien. Que tout restera subi, impuni.

D’un autre côté quand ce pays a décidé de construire forts et fortifications la population a souffert mais a suivi le mouvement.

Tout supporter, s’adapter c’est un truc de pauvres. C’est l’intelligence de la masse ? Mieux dit : l’intelligence collective ?
La résignation comme valeur ?

Je ne sais pas. Je vois bien que la situation est instable par définition, elle l’était dès le départ.

Mais, un jour chasse l’autre et elle perdure...