lundi 9 septembre 2019

Le "Per Diem" africain.

Réflexions sur le Per Diem., (Source)


Séga DIARRAH (@segadiarrah)

Forum de "la société civile" au CICB. À 23h plus de 600 participants attendent impatiemment le paiement des perdiems #Mali 





mocsidibe (@Mocsidibe)

Les perdiems sont devenus comme les Ong une plaie



Avant toute chose, il convient de préciser que le per diem est une somme d'argent qu’une organisation donne à une personne par jour, pour couvrir les dépenses liées à une mission dans le cadre de travaux effectués loin de son domicile. 

En Afrique, le versement des per diem est apparue dans les années 70-80, pratiquement au même moment que l’aide publique au développement et concomitamment à l’accroissement de la mise en œuvre des projets de coopération internationale. (Parce que les "aidants" touchent..., forcément !)

Un observateur critique des programmes d’aide au développement des années 1980 décrivait la manière dont l’arrivée massive de l’aide et des per-diem pouvait provoquer une « new epidemic in Africa : Fat Aids ».

En Tanzanie, un document de politique préparé par le Forum des politiques en 2009 a indiqué qu’entre 2001 et 2006, les sommes allouées au per diem ont augmentés de plus de trois fois. Au cours de l'exercice 2008/2009, la Tanzanie a budgétisé près de 390 MUSD pour les per diem. Un montant équivalent au salaire de base annuel de 109 000 enseignants (soit plus des 2/3 de tous les enseignants du pays). En 2009/2010, le montant alloué aux allocations représentait 59%  de la masse salariale. Une étude de Soreide et al. (2012) pour l'Agence norvégienne de coopération pour le développement a révélé que 16,2% de la masse salariale (soit près de 32% du budget national en 2011) étaient affectés au paiement des indemnités journalières.


Ce système renforce la pratique de la corruption et affecte négativement l’efficacité de services publics
Les ajustements structurels qu’ont subis la plupart des pays africains dans les années 90, ont affecté à la baisse des salaires dans le secteur public. Depuis lors, le salaire du fonctionnaire est resté relativement faible. Ces bas salaires, dans le contexte actuel de renchérissement du coût de la vie, incitent ces-derniers à accepter les pots de vin ou à détourner des ressources publiques. Ainsi assiste-t-on à une course au per-diem (per diem hunting) qu’un auteur burundais qualifie de « sport national » ou « gagne,qui peut » avec des stratégies de capture. 
 L’objectif est donc pour les  « perdiemists » de multiplier leur présence au plus grand nombre possible de formations, ateliers et réunions proposant des per diem, parfois même au cours de la même journée ; développant ainsi un véritable « frog-leap », qui se réalise dans la pratique répandue du saut de grenouille. 
Cette stratégie consiste à signer les feuilles de présence de plusieurs réunions au cours d’une même journée sans y assister réellement. Pour mieux profiter de ce système, des formations, ateliers ou sommets inutiles sont organisés. Cette pratique est ironiquement dénommer « trainingism » ou « workshop symdrom » par les anglophones. Des fois, la même formation est organisée plusieurs fois pour les mêmes participants qui sont pour la plupart du temps absents ou qui passent juste avant la pause café
Certains services publics se trouvent ainsi vidés de leur personnel, réduisant par voie de conséquence la performance des services publics.

La quête des indemnités journalières de subsistance est devenue une tendance généralisée au sein des administrations africaines, entraînant ainsi la distraction des fonds et le détournement de l’attention vers des activités non productives. 
La nature dévastatrice des systèmes de per diem en Afrique est l’une des principales causes des échecs à répétition des efforts de développement sur le continent. Le per diem devrait reprendre son rôle en tant qu’instrument de développement plutôt qu’un outil de corruption.
....Par exemple, nous devrions :
  1. 1) cesser de considérer les per diem comme un complément de salaire. Accorder des indemnités journalières de subsistance moins élevées et revoir les salaires à la hausse est une meilleure approche pour corriger les distorsions des systèmes ;
  2. 2) réviser les activités de renforcement des capacités. Des per diem trop élevés sont accordés pour des réunions et des séminaires dont l’utilité est discutable ;
  3. 3) limiter le paiement des per diem au remboursement des coûts réellement encourus. Cette approche permettra de réduire la tendance à considérer les missions comme un moyen de gagner de l’argent ;
  4. 4) faire preuve de transparence et d’équité dans le paiement des per diem ;
  5. assurer une meilleure coordination et s’inspirer des bonnes pratiques.

Chez nous, on appelle ça "indemnités subsidiaires" ou "émoluments ponctuels d'une commission" et "paiements annuel du comité Théodule".

Mais c'est idem. Nous n'aurons mis qu'environ 30 ans avant de partager la corruption africaine.

Nous nous sommes mutuellement enrichis ! 

C'est émouvant.

3 commentaires:

  1. Signer des feuilles de présence sans assister à quoi que ce soit, c'est le sport national des eurodéputés qui s'y connaissent en gagne-qui-peut.

    Que celui qui n'a jamais frog-leappé jettes le premier perdiem, disait en substance Jésus.

    Et je donne mon billet de 10000 shillings somaliens qu'avec les idémnités journalières de nos eurodéputés (qui, rappelons le n'ont aucun pouvoir législatif réel) on pourrait payer deux fois les enseignants de l'ensemble du continent africain et quelques indiens par dessus le chapeau.

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    1. J'veux dire par dessus le marché... Le chapeau c'est une expression grecque.
      Toutes mes confuses.

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    2. « Que celui qui n'a jamais frog-leappé jettes le premier perdiem, disait en substance Jésus. »

      😂😂😂

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Sans Modération.

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