mercredi 3 juillet 2019

« Euphoria ».




Produite par Drake, Euphoria explore le quotidien d'un groupe de lycéens américains qui noient leurs problèmes dans le sexe, l'alcool et la drogue. Zendaya y incarne Rue, une toxicomane qui retombe dans ses travers à peine sortie de cure de désintoxication. Elle va se lier d'amitié avec Jules, une jeune fille transsexuelle tout juste arrivée en ville suite au divorce de ses parents. A travers une galerie de personnages divers et variés, la série s'attachera à montrer les tumultes de l'adolescence et la quête d'identité dans un monde superficiel obsédé par les réseaux sociaux où les névroses de chacun sont exposées aux yeux de tousSource


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C’est, de prime abord, tout à fait euphorique, n’est-ce pas ? On sent immédiatement la franche rigolade, non ?

Si « 13 raisons why » (déjà vu ici) de Netflix a, soit-disant, fait augmenter le nombre de suicides chez les jeunes, bonne chance avec cette série-là ! 

Produite par HBO, cette série est remarquablement intelligente, le scénario est impeccable ! Une série de grande qualité que je vous conseille vivement.

On y décrit la vie quotidienne des lycéens américains. Entre aventures sexuelles, drogues, amitiés, amours plus ou moins contrariées et perversions de toutes sortes.

Ils ont entre 15 et 17 ans.  Ils ont des parents mais vivent indépendamment, séparément. 

Il y a des personnages secondaires "signifiants". Tel celui du dealer qui tient une petite épicerie-droguerie-mercerie comme il y en a tant aux USA. Un jeune homme pas très intelligent mais au bon cœur.

Le "vrai" dealer c'est son petit frère d'à peine 12 ans qui tient la caisse. Un gamin sur-doué qui gère les affaires. 


lui ! ;) Attention, les enfants regardent ! :)


Intéressant, car emblématique de ces très jeune adolescents élevés par l'informatique qui s'adaptent à la "modernité" du monde sans une once de la vieille morale. L'essentiel étant de "faire de l'argent", et très vite, comme sur internet, immédiatement.

Pourquoi en ressentir une quelconque gène morale puisque tout le système tourne ainsi ?

"Puisque chacun est libre, ceux qui choisissent drogues ou prostitution sont dans leurs droits."

Le gamin prend une com sur les échanges, quoi de plus logique dans un monde d'intermédiaires ? Lucidité.

Un autre personnage, assez comique au fond, c'est cette fille trop ronde pour les standards de la beauté-instagram, mais intelligente et créative.

Son cerveau vif et agile lui permet de passer du statut d'écrivain invisible mais reconnu sur la toile, au statut de grosse-sexy et d'en tirer profit via des paiements en Bitcoin.



avant.




 après.

Elle est comme le petit garçon-dealer, elle ne croit en rien ni en personne. Elle utilise les outils à sa disposition pour gagner de l'argent. Outils qui se résument aux réseaux-sociaux.

Tout se passe sur les téléphones ou les tablettes : rencontres sexuelles furtives avec des inconnus "Tinder", SMS pour commander une dose d'Oxycodone ou d'amphétamines (ou des patchs de morphine en dernier recours, s'il n'y a plus que ça !) ou même du Fentanyl. 

L'alcool coule à flot dans les "fêtes" hebdomadaires et les joints circulent, mais ni l'un, ni les autres ne sont identifiés comme addictifs.

Cocaïne, héroïne, herbe, ne sont plus des drogues. Les drogues en cours sont purement chimiques, issues des labos pharmaceutiques, en comprimés tout propres.

Ils sont seuls, élevés par les algorithmes, la pornographie, les images, le livreur de pizza et la carte de crédit.

La bonne phrase n'est pas : "il n'y a plus d'enfants" mais "il n'y a plus de parents".

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La série pose un regard sur le réel, elle n'est pas larmoyante. 

Au contraire elle est ironique et sarcastique autant que faire se peut chez HBO. 
Elle se distancie de chaque personnage, elle observe mais ne juge pas.

Il n'y a pas de leçons de morale idiotes. Le constat en est rendu bien plus terrible.

Après la grande déception que fut le troisième opus de "True detective", je suis réconciliée avec les scénaristes de la côte ouest américaine.

On sent le vécu ! :) 

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La drogue et la sur-activité sexuelle valent mieux que le la mort. 

Ce sont des réponses et des mécanismes de protection face à la violence sociale.

Internet et ses "applis", pour les gamins, c'est jour et nuit. 

Tout est virtuel, même les impôts sont dématérialisé, nos vies de citoyens sont cloudisées. 

Nos affects aussi. Nous le savons parfaitement. 

La violence des échanges sur internet n'est que le reflet d'une violence véritable.

Se droguer à 15 ans ne préjuge pas de la qualité de la vie d'adulte qui suivra.

Cette petite fille de 11 ans, elle, n'a pas trouvé d’échappatoire. Son "Image" faisait tâche, sans doute...

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