mardi 14 mai 2019

Victime du racisme français, elle devient allemande.



Pour ne plus se sentir « mal-aimée » en France, Elisa Diallo est devenue allemande.
Fille d’un Guinéen musulman et d’une Française catholique, Elisa Diallo est née et a grandi en France. En 2017, elle a pris, à l’âge de 39 ans, la nationalité allemande. Que s’est-il passé entre les deux ? Une enfance et une adolescence au sein d’une France qui l’a amenée à se sentir marginale, parfois rejetée par un racisme latent. Kab a lu son livre, Fille de France. 

 Elisa Diallo est donc issue d’une famille française qui a traversé l’altérité. Son arrière-grand-mère, née en Algérie, s’est mariée avec un soldat français pendant la Première Guerre mondiale et le couple est venu s’installer en Normandie. L’histoire de sa famille se trouve donc étroitement liée à la décolonisation. Et cette histoire, qu’il faudrait écrire avec un grand H, se rattache encore à l’histoire de ses parents. Ils se rencontrent à Science Po dans les années 1960, alors que son père a fait une longue étape en Russie, à Moscou, au moment de la décolonisation de la Guinée en 1958. Après le divorce, elle vit avec son frère entre Paris et la Bretagne.
 En 2015, avec les vagues migratoires qui arrivent sur le sol européen, elle entend le discours d’Angela Merkel sur l’immigration. Volontiers accueillante, simplement humaniste, la chancelière allemande la convainc d’adopter la nationalité de son époux. Aujourd’hui, Elisa a le sentiment d’être une Allemande à part entière, semblable aux autres citoyens allemands. Ce sentiment qu’elle n’a jamais ressenti de l’autre côté de la frontière, en France, où elle se sentait étrangère « dans son pays » quand il est plus facile d’être « étranger à l’étranger », comme elle le ressentira en suivant des études aux Pays-Bas.
Face à la montée des populismes, à la crispation des postures liées à l’immigration, Elisa a réalisé qu’elle se sentait plus en sécurité en Allemagne qu’en France.