mardi 4 septembre 2018

Quand les parents d’élèves font les statistiques ethniques.

 le déterminisme social pèse toujours très fortement sur la trajectoire scolaire des enfants. De plus, les politiques mises en place (avec les zones d’éducation prioritaire, devenues réseaux d’éducation prioritaire) afin de permettre aux élèves des zones urbaines sensibles (ZUS) d’étudier dans de meilleures conditions matérielles (moins d’élèves par classe, davantage de moyens) ne semblent pas réduire les inégalités ni permettre de remédier aux handicaps de départ des catégories socioprofessionnelles défavorisées. 

la fracture sociale se retrouve au plan territorial, avec un très fort différentiel entre les enfants vivant en ZUS, 21,7 % d’entre eux accusant un retard d’au moins un an lors de leur entrée en sixième. au sein d’une même agglomération, voire d’une même commune, de très fortes disparités peuvent exister d’un quartier à l’autre en termes de performances scolaires. deux tiers des Français ne croient plus à la promesse républicaine de l’égalité des chances à l’école. la France est l’un des pays qui consacrent le plus important budget public à l’éducation, le marché privé du soutien scolaire est estimé à 2 milliards d’euros par an. Une société comme Acadomia est cotée en Bourse et pèse près de 150 millions de chiffre d’affaires annuel.  Le nombre d’écoles hors contrat a ainsi augmenté de 26 % entre 2011 et 2014 et il se crée environ 100 établissements de ce type chaque année.



si le retard scolaire est fortement indexé sur le niveau social des parents, la nationalité des élèves joue également de manière considérable. Parmi les élèves ayant la nationalité française, 11,8 % avaient au moins un an de retard lors de leur entrée en sixième en 2011, mais cette proportion était quasiment trois fois plus importante (32,4 %) parmi leurs camarades étrangers. les élèves nés en France de parents étrangers, donc de la seconde génération, obtiennent en moyenne 50 points de moins que les élèves non issus de l’immigration. La République française ne reconnaissant aucune communauté ou ethnie, mais seulement des individus libres et égaux, la statistique scolaire est restée très longtemps aveugle sur la question ethnoculturelle. « si rien ne permet d’appréhender l’origine migratoire ou culturelle des élèves, les problèmes de ségrégation restent invisibles et disparaissent du débat social comme par enchantement et les ghettos ethniques avec elle ». les stratégies d’évitement ne concernent plus seulement les CSP+, qui optent pour les établissements les plus prestigieux, mais également les familles populaires qui peuvent associer présence d’élèves issus de l’immigration, mauvais climat scolaire et violence. 

« Les gens pensent désormais en catégories ethno-raciales. Il y a la peur des violences, du harcèlement et bien souvent du “grand Noir”.

Le choix de laisser les écoles privées permet à ces classes moyennes de rester dans ces villes, d’y habiter, de payer des impôts ». 

une part significative des établissements scolaires publics fait régulièrement l’objet d’atteintes à la laïcité émanant régulièrement ou occasionnellement des élèves (concernant en moyenne 15 % des établissements scolaires publics), elles sont nettement plus répandues dans les établissements classés en réseaux d’éducation prioritaire (REP) : 34 %, contre 9 % en zone non-REP. 

De la même façon, 12 % des enseignants du public déclarent que, régulièrement ou de temps en temps, des élèves tentent de se soustraire à certains enseignements, cette proportion étant plus élevée en REP (22 %) qu’ailleurs (9 %). Les enseignements d’histoire-géographie et du fait religieux, mais aussi les cours d’éducation physique et sportive, sont les plus concernés. Plus récemment, les cours de musique semblent également poser problème à certains élèves. Dans ce contexte, 37 % des enseignants déclarent s’être déjà autocensurés afin d’éviter de possibles incidents provoqués par certains élèves. Cette proportion s’établit à 53 % parmi les enseignants affectés en REP contre 32 % pour les autres : le différentiel entre les deux types d’établissements est de nouveau nettement marqué. 

Au total, 59 % des enseignants du public estiment que la laïcité est en danger en France. Et pour ces enseignants inquiets, la principale menace réside, pour 52 % d’entre eux (contre 30 % dans le grand public) dans le fait que les communautés culturelles et religieuses se mélangent de moins en moins en France. 

La ghettoïsation et la communautarisation de certains territoires sont donc clairement identifiées comme une menace majeure pour le pacte républicain. 

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