jeudi 30 août 2018

La secte occulte anthroposophe au gouvernement !

Yann Toma. – « Flux radiant », de la série « Plovdiski nochti » (Les Nuits de Plovdiv), 1998
© Yann Toma-ADAGP, Paris, 2018

Source et plus


L’avenir de l’Education Nationale, avec les scientologues et toutes les sectes.
Exit les francs-maçons, bienvenue les sciento-anthroposopho-occultistes ! 

Quoi de commun entre l’agriculture biodynamique, une école à la pédagogie atypique, une grande entreprise de cosmétiques, un investissement dans une ferme éolienne ? Tous sont liés à l’anthroposophie, un courant spirituel fondé au début du XXe siècle par Rudolf Steiner. Discret mais influent, ce mouvement international dispose de relais économiques et politiques… jusqu’au sein du gouvernement français.

De son vivant, Steiner a doté son mouvement spirituel d’une vision du monde, d’une esthétique, de lieux de socialisation, d’un culte, d’une médecine, d’une agriculture, d’une diététique, d’écoles. Un siècle plus tard, l’anthroposophie est un empire. Avec respectivement 14 milliards et 4 milliards d’euros d’actifs sous gestion, les banques Triodos et GLS, deux établissements fondés et dirigés par des anthroposophes, s’imposent comme des références de la « finance durable » (2). Elles soutiennent des entreprises d’inspiration anthroposophique. Pas moins de 1 850 jardins d’enfants et 1 100 établissements scolaires Steiner-Waldorf (du nom de l’usine de cigarettes dont le propriétaire demanda à Steiner, en 1919, la création d’une école pour ses ouvriers), répartis dans 65 pays, appliquent les principes pédagogiques du touche-à-tout autrichien. Numéro un des cosmétiques biologiques en France et en Allemagne, les laboratoires Weleda ont réalisé 401 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017, en vendant dans le monde entier lotions capillaires au romarin, pâtes dentifrices au ratanhia, huiles essentielles anticellulite au bouleau, ainsi que pour 109 millions d’euros de « médicaments anthroposophiques ». Deux actionnaires de référence, la Société anthroposophique universelle et la clinique anthroposophique d’Arlesheim, voisine du Goetheanum, détiennent 33,5 % du capital de l’entreprise et 76,5 % des droits de vote de Weleda (3).

Également positionnés sur le marché des « médicaments anthroposophiques » et des cosmétiques, les laboratoires Wala détiennent la marque Dr. Hauschka, emploient près d’un millier de personnes et réalisent 130 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Plus de 3 700 médecins diplômés pratiquent la « médecine anthroposophique » dans le monde, bien qu’un grand nombre de professionnels de la santé considèrent cette doctrine comme une pseudoscience. Nombre de ces thérapeutes « alternatifs » ont été formés par l’université de Witten-Herdecke, fondée par des anthroposophes, qui, avec 38 millions d’euros de budget annuel, est la première université privée d’Allemagne. Anthroposophe affiché, le milliardaire allemand Götz Werner a fondé la chaîne de drogueries DM, leader européen du secteur. Avec 3 500 officines et 59 000 salariés, son groupe réalise plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. En février 2018, l’enseigne a noué un partenariat avec Demeter, la marque de la , qui certifie 1 875 kilomètres carrés de terres agricoles 
à travers le monde.
À Bruxelles, les anthroposophes disposent d’un lobby pour défendre leurs intérêts auprès des institutions européennes : l’Alliance européenne d’initiatives pour l’anthroposophie appliquée - Eliant. Parmi les nombreux partenaires de ce groupe de pression, on compte le Conseil européen pour l’éducation Steiner-Waldorf (ECSWE), la Fédération internationale des associations médicales anthroposophiques (IVAA), une antenne Demeter International, ainsi que la Fondation Rudolf Steiner. Ces cinq structures ont une même domiciliation.
Paradoxe d’un mouvement qui semble épouser l’air du temps, l’anthroposophie naît d’une réaction à la modernité. À la fin du XIXe siècle en Allemagne, des prédicateurs ravivent un passé germanique mythifié, fustigent le progrès technique et scientifique, les villes et les Lumières. Ils exaltent la nature et les racines médiévales d’un Volk peuple ») organique, rural et immuable. Dans les années 1880, Steiner, qui a étudié la technique et la philosophie à Vienne, publie des dizaines d’articles dans la presse pangermaniste (4). Il intègre brièvement la rédaction de la Deutsche Wochenschrift, un hebdomadaire viennois au sous-titre explicite : « Organe pour les intérêts nationaux du peuple allemand ». Passionné d’ésotérisme, il adhère en 1902 à la Société théosophique (lire « La Société théosophique, ou le mythe de “l’insurrection des consciences” ») et devient secrétaire général de sa branche allemande. En 1913, il 
organise une scission et fonde la Société anthroposophique, un syncrétisme entre ésotérisme, philosophie idéaliste, mystique chrétienne, paganisme völkisch (peuplé de dieux du panthéon nordique, parmi lesquels Thor, Odin et Loki) et revendication de 
scientificité, laquelle imprègne alors les sociétés européennes. Dans la lignée des romantiques allemands, Steiner soutient que l’intuition et l’art ouvrent des chemins vers la connaissance de la vérité et la rédemption des peuples. L’anthroposophie refuse le qualificatif de « religion » : elle s’affirme « science de l’esprit » et défend la rigueur de ses méthodes d’investigation.
Cette « science » se fonde sur un postulat : la nature ultime de la réalité reposerait sur l’esprit. « Derrière cette fleur, avant cette fleur, il y a eu l’idée de la fleur », explique M. Jean-Michel Florin 
(5), directeur de la section d’agriculture, en montrant du doigt un bouquet posé sur une table. Pour les anthroposophes, la rationalité mathématique et la science moderne n’expliquent que la partie matérielle, « visible », du monde. Selon eux, des esprits et des forces surnaturelles agissent dans un monde invisible. « Il ne faut pas imaginer que ce monde suprasensible est lointain et diffus », écrit M. Florin dans son Opuscule sur la biodynamie (Amyris, 2016). L’anthroposophie serait « la science » qui perce, par la voie spirituelle, les mystères de ce monde occulte. « Les procédés d’initiation font évoluer l’homme depuis la forme normale de la conscience diurne jusqu’à une activité psychique où il dispose d’organes spéciaux pour ses perceptions spirituelles », considère Steiner, qui affirme qu’il est possible de communiquer avec les morts (6).
Au cours des six mille conférences qu’il a prononcées, Steiner a révélé que Karl Marx serait la réincarnation d’un seigneur du Moyen Âge devenu un serf à cause des exactions d’un brigand — Friedrich Engels (7)« Ce qu’ils avaient à régler entre eux se transforma, pendant le long chemin entre la mort et une nouvelle naissance, en désir de compenser le mal qu’ils s’étaient fait l’un à l’autre », précise Steiner, pour qui l’âme humaine progresse sans cesse à travers les millénaires, selon un cycle de vingt-cinq mille neuf cent vingt ans, soit une « année platonicienne » (8).

Pour Steiner, Mars serait une planète liquide, la Terre un crâne géant, la Lune un amas de corne vitrifiée, et tricoter donnerait de bonnes dents ; les îles et les continents flotteraient sur la mer, maintenus en place par la force des étoiles ; les planètes auraient 
une âme ; les minéraux proviendraient des plantes ; les êtres clairvoyants pourraient détecter les athées, car ils seraient forcément malades ; initialement immobile, la Terre aurait été mise en rotation par le « je » humain (9)« Ce sera le Bien, que de découvrir comment, à partir de deux côtés du cosmos, des forces du matin et des forces du soir peuvent être mises au service de l’humanité : d’un côté à partir des Poissons, de l’autre à partir de la Vierge » (10), explique ce polygraphe dont la pensée inspire aujourd’hui des enseignants, des banquiers, des paysans. « De fait, on y rencontre ici ou là des propos qui peuvent sembler 
bizarres, scabreux, voire délirants, écrit M. Raymond Burlotte, responsable de l’Institut Rudolf Steiner de Chatou (Yvelines), sur le site de la Fédération pédagogie Steiner-Waldorf . C’est pourtant parmi de tels propos tenus souvent à brûle-pourpoint (…) que l’on trouve [des] déclarations étonnamment prémonitoires »…
Souvent confondue avec l’agriculture biologique, l’agriculture biodynamique doit son appellation à l’organisation de rituels ésotériques dans les champs, chargés de dynamiser spirituellement les sols, les plantes et l’univers par des méditations, une liturgie et des accessoires qui seraient dotés de pouvoirs surnaturels. Ses dogmes ont été énoncés par Steiner en 1924. « La biodynamie, ce n’est pas qu’un rituel, explique M. Florin. Mais c’est aussi un rituel. »
L’œuvre de Steiner comporte une dimension plus sombre. Dès 1910, il affirme que les peuples germains et nordiques appartiennent au même groupe ethnique, la race aryenne (12), et dénonce « l’effroyable brutalité culturelle que fut la transplantation des Noirs vers l’Europe, [qui] fait reculer le peuple français en tant que race (13) » Quelques années plus tard, de nombreux anthroposophes sont membres du parti nazi, de la SS ou des SA. « L’ampleur des imbrications, au niveau des organisations et des personnes, entre la Société anthroposophique et le NSDAP [Parti national-socialiste ouvrier 
allemand], était suffisamment importante pour préoccuper la faction antiésotérique des nazis », explique l’historien Peter Staudenmaier, professeur à l’université Marquette, dans le 
Wisconsin (14). Nazisme et anthroposophie, « les deux doctrines ont pu se compléter, collaborer ensemble ou entretenir des rapports de rivalité selon les années »,précise-t-il. Si 
l’historiographie anthroposophe n’évoque que les épreuves endurées par des membres de la société pendant la guerre, les recherches de Staudenmaier montrent que le chef de la chancellerie du parti nazi, Rudolf Hess, soutenait l’anthroposophie et que ses adeptes ne subirent pas de 
persécutions jusqu’à ce que Hess s’envole pour l’écosse en mai 1941. La SS a même administré des programmes d’agriculture biodynamique dans les territoires occupés et des camps de concentration. Weleda a fourni de la crème antigel pour des « expériences médicales » sur des prisonniers de Dachau (15)« Après-guerre, les anthroposophes sont simplement retournés à leurs affaires et ont étouffé toute discussion sur les aspects les plus sombres de leur passé, précise Staudenmaier. De nombreux anciens nazis ont fait carrière dans l’anthroposophie après 1945. »

Dans la grande salle du Goetheanum, durant l’assemblée générale de mars 2018, le secrétaire général de la Société anthroposophique en Italie, le docteur Stefano Gasperi, gagne la tribune pour évoquer les principes qui guident sa pratique. « D’un point de vue médical, les maladies viennent d’une mauvaise relation entre nous et le monde,explique-t-il. Rudolf Steiner nous enseigne que nous regardons un monde mort, dont le divin s’est retiré, qui ne produit que des pensées mortes. Mon combat est donc immense. Car, quand on ausculte le cœur d’un patient, on est au cœur du patient. Il me faut donc me libérer de ce que j’ai appris à l’université. » Pour Steiner, la maladie découle d’une destinée karmique, indissociable des erreurs et des péchés commis par l’individu dans l’une de ses vies antérieures.
Lors de la journée portes ouvertes, le 21 avril 2018, tandis qu’un orchestre joue du Rameau, des cavaliers franchissent des obstacles sous le regard émerveillé de leurs parents. Aux côtés de Praxède et Henri Dahan, les deux figures de la Société anthroposophique qui dirigent l’école, Mme Françoise Nyssen (devenue ministre de la culture en mai 2017) photographie le spectacle. Avec M. Jean-Paul Capitani, des éditions Actes Sud, Mme Nyssen est la fondatrice de l’établissement. « J’ai toujours été dans une espèce de rationalisme, et il a fallu un choc, un drame, pour que tout d’un coup le voile se déchire et que la 
spiritualité parvienne au centre de ma vie », a confié Mme Nyssen au journal Nouvelles de la Société anthroposophique en France (20).
L’école est financièrement liée au Fonds de dotation Antoine Capitani, du nom du fils, mort en 2012, de Mme Nyssen et de M. Capitani. Un an après le drame, Mme Nyssen fait la connaissance de M. Bodo von Plato, alors membre du comité directeur de la Société anthroposophique universelle. « En France, déplore M. von Plato (21)dans son bureau du Goetheanum, l’anthroposophie est vue comme une secte. (…) Françoise Nyssen est heureusement une femme ouverte d’esprit. Nous sommes devenus amis. J’ai été très heureux lorsqu’elle a été nommée ministre de la culture. Je lui ai envoyé un sms pour lui dire : “Il faut peut-être qu’on interrompe notre contact maintenant.” Elle m’a aussitôt répondu un texto avec un petit cœur, qui disait : “Voyons, ne sois pas fou !” »

Chaque année en décembre, dans toutes les écoles Steiner de la planète, les élèves participent à une cérémonie initiatique : la « spirale de l’Avent ». Elle se déroule dans une grande salle entièrement plongée dans l’obscurité. Sur le sol, des branches de pin forment une spirale, au centre de laquelle brûle un grand cierge. 
Durant le rituel, les élèves les plus âgés remettent une bougie aux plus jeunes. Tandis qu’élèves et professeurs chantent religieusement dans le noir, et quelquefois en allemand dans des pays non germanophones, les enfants porteurs d’une chandelle, encerclés par la totalité des membres de l’école, progressent seuls à l’intérieur de la spirale. Parvenus au centre, ils doivent allumer leur cierge et accomplir le chemin du retour. « C’est extrêmement impressionnant lorsque vous êtes enfant et que vous découvrez cette atmosphère occultiste », confie une ancienne élève. « Cette liturgie symbolise le mouvement d’intériorisation de l’âme durant l’hiver, puis son redéploiement vers l’extériorité du monde, explique M. Perra. Aller au centre de soi-même, cela signifie trouver le Christ qui va naître à Noël. » 
En décembre 2017, sans que les parents d’élèves en aient été préalablement informés, ce rituel a été organisé au Domaine du possible. Sa fondatrice, la ministre de la culture, nous a affirmé, lors de la journée portes ouvertes, qu’il s’agit d’une école dont elle est « très fière ». « C’est dans des écoles alternatives comme celle-ci que s’invente l’avenir », assure-t-elle.


3 commentaires:

  1. À propos de la médecine anthroposophique "Les médecins anthroposophes préconisent notamment pour soigner le cancer de l'extrait de gui blanc (Viscum album) fermenté, commercialisé sous le nom d'Iscalor (Iscador ou Helixor en fait ��) par la firme anthroposophique Weleda. Ce traitement provient d'une vision de Steiner datant de 1917 : « Selon les indications de Rudolf Steiner, ce n’est que par le mélange approprié des extraits de gui d’été et d’hiver que le gui peut déployer son “véritable pouvoir de guérison” du cancer »[8]. Vendu comme un anti-tumoral, et très utilisé dans les années 1980 dans le but de traiter différents cancers en Suisse et en Allemagne (foyers de la doctrine anthroposophique), son inefficacité a depuis lors été établie et son emploi déconseillé par la Société suisse d'Oncologie et la Ligue suisse contre le cancer[9],[10]." Wikipedia
    Les diverses préparations sont pourtant toujours listées et explicitées dans le Compendium Suisse des Médicaments et, après huit ans d'utilisation, je trouve que ça marche plutôt vachement bien... sur un animal qui aurait dû mourir il y a déjà sept ans. Je précise que le conseil me fut donné par le plus célèbre des professeurs d'oncologie vétérinaire de France. Du coup je l'utilise aussi et, sur moi, ça a l'air tout aussi efficace. Ce n'est qu'un détail parmi les médicaments anthroposophes; je n'adhère pas à tous, loin de là, la doctrine sous-jacente m'indiffère mais, par Toutatis ��, je trouve plutôt amusant de revenir à mes racines gauloises avec cette "potion magique" et bien réconfortant de la constater efficace �� dans deux cas précis.

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    1. Tu avais toi-même un cancer ?

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  2. Cela signifie que ce n'est pas une école mais une secte ou sous emprise sectaire ; ce rituel permet d'emprisonner les élèves dans des liens occultes et ce n'est pas bon; cela ressemble à un cercle de magie. La belge n'a pas l'air bien maligne et ses pratiques douteuses l'ont entraînée dans des faillites...logique. Elle s'est sans doute laissé embobiner par cette secte quand elle était fragilisée suite au décès de son fils (comme tout le new -age, ils ont l'art d'attirer dans leurs filets les personnes fragiles) pour se raccrocher à du spirituel et donner sens à sa vie. J'avais lu que son fils était surdoué et s'était suicidé et qu'elle avait voulu ouvrir une école pour les enfants différents; en fait de différence , c'est plutôt l'école de Poudlard d'Harry Potter (mes hautes références culturelles)

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Sans Modération.

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