jeudi 27 juillet 2017

Lecture d'été : "Le Père Goriot".

Le secret des grandes fortunes sans cause apparente est un crime oublié.
Balzac dans "Le Père Goriot". 1842.


extrait 1, la logeuse. 

Cette pièce est dans tout son lustre au moment où, vers sept heures du matin, le chat de Mme Vauquer précède sa maîtresse, saute sur les buffets, y flaire le lait que contiennent plusieurs jattes couvertes d'assiettes, et fait entendre son rourou matinal. Bientôt la veuve se montre, attifée de son bonnet de tulle sous lequel pend un tour de faux cheveux mal mis, elle marche en traînassant ses pantoufles grimacées. Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet, ses petites mains potelées, sa personne dodue comme un rat d'église, son corsage trop plein et qui flotte, sont en harmonie avec cette salle où suinte le malheur, où s'est blottie la spéculation, et dont Mme Vauquer respire l'air chaudement fétide sans en être écœurée. Sa figure fraîche comme une première gelée d'automne, ses yeux ridés, dont l'expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l'amer renfrognement de l'escompteur , enfin toute sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne. Le bagne ne va pas sans l'argousin , vous n'imagineriez pas l'un sans l'autre. L'embonpoint blafard de cette petite femme est le produit de cette vie, comme le typhus est la conséquence des exhalaisons d'un hôpital. Son jupon de laine tricotée, qui dépasse sa première jupe faite avec une vieille robe, et dont la ouate s'échappe par les fentes de l'étoffe lézardée, résume le salon, la salle à manger, le jardinet, annonce la cuisine et fait pressentir les pensionnaires. Quand elle est là, ce spectacle est complet.

Extrait 2, une des deux fille du Père Goriot.

..elle ressemblait à beaucoup de personnes qui se défient de leurs proches, et se livrent au premier venu. Fait moral, bizarre, mais vrai, dont la racine est facile à trouver dans le cœur humain. Peut-être certaines gens n'ont-ils plus rien à gagner auprès des personnes avec lesquelles ils vivent ; après leur avoir montré le vide de leur âme, ils se sentent secrètement jugés par elles avec une sévérité méritée ; mais, éprouvant un invincible besoin de flatteries qui leur manquent, ou dévorés par l'envie de paraître posséder les qualités qu'ils n'ont pas, ils espèrent surprendre l'estime ou le cœur de ceux qui leur sont étrangers, au risque d'en déchoir un jour. Enfin il est des individus nés mercenaires qui ne font aucun bien à leurs amis ou à leurs proches, parce qu'ils le doivent ; tandis qu'en rendant service à des inconnus, ils en recueillent un gain d'amour-propre : plus le cercle de leurs affections est près d'eux, moins ils aiment ; plus ils s'étend, plus serviables ils sont.

----- ne me remerciez pas ! Cadeau ! :) 
Une bonne (re) lecture d'été...




Le père Goriot par Daumier (1842).


Le Père Goriot



2 commentaires:

  1. J'adore l'extrait 2. C'est la description fidèle d'une femme de ma famille. Elle poussait même le vice à nous prendre pour donner à d'autres qu'elle considérait comme étant plus nécessiteux. Avec évidemment l'idéologie de gauche petite bourgeoise anti-bourgeoise, bohème, pro-immigré qui va bien avec, plus c'est bronzé mieux c'est, allons faisons des métis malheureux bien sûr. Elle végète désormais dans un cloaque tropical (loin de nous et ça c'est bien), seule, incomprise, honteuse, décalée, dans l'échec total d'une vie perdue, gâchée par des idées idiotes... Balzac avait identifié les prémices de la dégénérescence SJW semble-t-il. Ne manquait plus que Marx pour enfoncer le dernier clou du cercueil de ces gens fragiles en fait. ^^

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    1. Balzac a tout dit, je le pense vraiment.

      Loin des outrances de Céline, par exemple.

      Balzac est un condensé pédagogique sur l'âme humaine.

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