vendredi 24 février 2017

Les ghettos protecteurs.

Une source de réflexion

Les "ghettos" comme lieux d'enfermement et de ségrégation raciale et/ou sociale.

Ce qui me frappe le plus c'est qu'on pense le ghetto comme cause et conséquence. Alors qu'avant le ghetto il pré-existait non pas les raisons de son avènement mais une histoire.

Je dirais même que le ghetto est une façon de casser le récit d'une classe sociale ou raciale et non une continuation logique d'une histoire de cette même classe.

[Je ne parle pas des ghettos juifs européens mais des ghettos noirs américains. On emploie "ghettos" pour les deux phénomènes alors qu'ils n'ont rien en commun. Si ce n'est une partition de territoire, voulue dans le premier cas et induite dans le second].

Un ghetto n'est pas simplement un marqueur racial pour ceux qui l'occupent mais aussi pour ceux qui en sont extérieurs.

Il est plus difficile d'entrer dans un ghetto que d'en sortir. Et cela devrait donner à réfléchir.
J'ai essayé à plusieurs reprises et en offrant de l'argent pour ce faire de pénétrer dans des ghettos noirs aux USA. Je n'ai jamais pu. Jamais.

Il y a des "légendes urbaines" concernant les ghettos, par exemple : "ils vivent sans eau" "le ghetto est en flamme tous les soirs" "si vous entrez vous serez tuée". Dans ces trois assertions aucune certitude.
Entre ressortir sans son sac à main et être abattue en ouvrant la portière. Il y a une sacrée marge !
Je n'ai jamais cru une seule seconde que le ghetto en question n'avait pas l'eau. (L'énorme et tentaculaire ghetto noir de Miami, en l'occurrence).

Un ghetto c'est un espace identitaire assumé et protecteur aussi, avec sa nourriture ethnique et ses codes sociaux propres. C'est ainsi. Le ghetto interdit toute intrusion étrangère et cela lui permet de préserver sa culture et son organisation sociale en dehors des lois extérieures.

Avant les ghettos ? Les routes. Pendant la "grande crise" de 1929, il n'y avait pas de ghetto. Les pauvres noirs et les pauvres blancs trainaient le long des voies ferrées ensemble et dormaient à même le sol en attendant des jours meilleurs, se louant à la journée et partageant deux pommes de terre au bord de la route.



Avant les ghettos il y avait les "villages noirs" à l'extérieur de la ville des blanc. Le long des routes en général. Souvent proches d'un lac ou d'une source. Des baraques en bois qui brinquebalaient au bord de chemins poussiéreux.

À cette époque les blancs, le soir, allaient retrouver leur maîtresse noire, boire jusqu'au coma éthylique et jouer aux cartes en dansant dans les bars noirs.



Les noirs n'allaient pas à l'école, ils travaillaient à la journée. Certains avaient le droit de construire une cabane au bord d'une rivière et pêchaient. Ils avaient une casserole, un couteau et des oripeaux.
Les chaussures c'est vraiment un truc de blancs.

C'était le grand ghetto invisible mais étendu au territoire entier. Les blancs faisaient des affaires avec les noirs souvent à leur unique profit mais il y avait un équilibre à l'intérieur des villes blanches comme à l'intérieur des villages noirs.

En fait, avant le ghetto, le village noir était ouvert aux blancs et le village blanc fermé aux noirs.

Avec le ghetto on a juste inversé. La cité noire est interdite aux blancs et la ville blanche est ouverte
aux noirs.

La condition des noirs en grande ville jusque dans les années 1940-50 était absolument épouvantable et je pèse mes mots. C'était hors de ce que nous pouvons imaginer. Des esclaves ignorants exploités jusqu'à la moelle.

Le ghetto a protégé les noirs.

Mais il a éloigné le blanc de la réalité sociale des noirs. Il a coupé le blanc d'une compréhension du monde qui n'était pas la sienne.

Le ghetto a appauvri culturellement le blanc.

Beyoncé dans les années 1950 aux USA aurait été totalement ostracisée par sa "communauté".
Il y avait une organisation sociale noire dans les villages noirs tout aussi stricte que dans les villes blanches.
Sans pour autant calquer l'organisation sociale blanche.

Ils ont choisi Elvis Presley (élevé par des noirs et qui a mangé comme un noir jusqu'à la fin de sa vie) pour ne pas choisir un noir, ils ont mis en place la scolarisation des noirs dans les écoles des blancs et la construction des ghettos à la même époque.

En même temps qu'ils ont fait entrer la culture noire dans l'espace des blancs ils ont enfermés les noirs.

Les noirs ont utilisé le ghetto pour préserver leur culture identitaire.

Le ghetto est aussi un refuge quoiqu'on en dise.

Le ghetto a coupé définitivement l'histoire commune des blancs avec les noirs. Le ghetto a tranché.
Le ghetto a fracturé, le ghetto a effacé autant l'histoire blanche que l'histoire noire qui n'ont plus eu de lieu de rencontre.

Car, malgré tout, et quoiqu'on en dise il y eu une histoire liée des blancs avec les noirs.

Cette histoire des miséreux partageant les emplois comme les feux allumés pour se réchauffer a été effacée, ces histoires de métissages honteux ont été effacées, la riche et ordonnée culture noire des villages noirs a été effacée.



Peut-être que les perdants ne sont pas ceux que l'ont remarque à première lecture.

Il faut lire Sutree de Mc Carthy. Le long et implacable déclassement de ce blanc qui choisit de vivre avec les noirs.

À aucun moment dans le livre il n'est question de couleur de peau. Le lecteur doit comprendre seul que la douceur de vivre le long de la rivière et l'oubli salvateur dans l'alcool et la drogue ne peuvent se vivre que dans la nonchalance et la bienveillance des noirs.

Quand on a rien, tout devient précieux.


Sutree, c'est moi.






3 commentaires:

  1. J'ai pas fini, ça m'a saoulé (malgré l'affection que je te porte, tu devais être un peu suporifique comme prof, wendy :)
    Ghetto de Venise, de Varsovie choisis ? hum, hum

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  2. On vit mieux avec les siens et on règle plus facilement ses problèmes avec les siens qu'avec l'intervention d'autres que les siens. Chacun sa route, chacun son chemin.

    C'est un peu ce qu'explique ce jeune noir bien basé à une vieille gauchiste. Elle vit dans un monde parallèle où "aider" les faibles, désignés et créés par son système, sert de cache-sexe à sa mauvaise conscience ou plus sûrement sert de moyen pour garder sa position de petit maître sans jamais se l'avouer. Le racisme crasse c'est merdique. L'anti-racisme encore plus, c'est un cancer.

    https://www.youtube.com/watch?v=5IfztZpgxow

    http://img15.hostingpics.net/pics/4999931487516303760.jpg

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Modération en place !

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Respecter les autres est la base de l'échange.

Il faut beaucoup d'efforts pour construire et peu de bêtise pour détruire.

Ni insulte, ni incivilité, ni appel à la haine raciale ne seront acceptés. Je supprimerai les commentaires en comportant.