samedi 26 septembre 2015

Transformés en vermine

Anonyme écrit un témoignage en commentaire, merci !

http://www.wendy-leblog.com/2015/09/a-50-ans-tu-es-vieux-pauvre-avec-un.html


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"Nés en 1955, retraite à 63 ans au lieu de 60 ans.... En attendant, pas de travail, pas d'allocation équivalent retraite, et 450 euros pour vivre par mois, au même titre que ceux qui n'ont jamais travaillé ni cotisé. 

Bonne nouvelle, le 16/7/2015, une prime de 300 euros leur a été allouée par Décret, mais les conditions pour l'obtenir sont drastiques. 

La joie de se sortir un peu du pétrin aura été de courte durée : début août, Pôle Emploi n'était pas au courant, puis nous avons été informés début septembre que ce serait le centre Pôle Emploi de Colombes qui enverrait des courriers aux personnes concernées. 

Courriers reçus courant septembre, nous demandant une attestation de carrière de la CARSAT...Immédiatement renvoyée...

Ce jour, nous sommes informés par Colombes que ce document n'est pas suffisant : ils exigent une attestation spécifique délivrée par la CARSAT, laquelle N'A PAS ENCORE LE MODELE DE CE DOCUMENT et ne pourra nous le fournir que dans quelques semaine. 

De qui se moque t'on ? 

C'est tout simplement cruel, et cette prime nous ne l'aurons peut-être pas finalement (au même titre que le rétablissement de l'AER que le président Hollande avait spontanément promis en novembre 2014 lors d'une allocution télévisée)....

La colère gronde, il faudra bien qu'un jour on nous rende des comptes sur la façon dont ont été gérées nos cotisations retraite, qui se sont "volatilisées". C'est une véritable honte de nous laisser vivre dans la misère en nous faisant des promesses non tenues."

------ c'est juste vrai et en même temps hallucinant...comme si cela ne pouvait l'être, vrai.


ceci rappelle cela :

Un matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa s'éveilla transformé dans son lit en une véritable vermine. Il était couché sur le dos, un dos dur comme une cuirasse, et, en levant un peu la tête, il s'aperçut qu'il avait un ventre brun en forme de voûte divisé par des nervures arquées. La couverture, à peine retenue par le sommet de l'édifice, était près de tomber complètement, et les pattes de Grégoire, pitoyablement minces pour son gros corps, papillotaient devant ses yeux.
"  Que m' est-il arrivé ? " pensa-t-il. Ce n'était pourtant pas un rêve : sa chambre, sa vraie chambre d'homme, quoique un peu petite à vrai dire, se tenait bien sage entre ses quatre murs habituels. Au-dessus de la table où s'étalait sa collection d'échantillons de tissus -- Grégoire était voyageur de commerce -- on pouvait toujours voir la gravure qu'il avait découpée récemment dans un magazine et entourée d'un joli cadre doré. Cette image représentait une dame assise bien droit, avec une toque et 
un tour de cou en fourrure : elle offrait aux regards des amateurs un lourd manchon dans lequel son bras s'engouffrait jusqu'au coude.

Grégoire regarda par la fenêtre ; on entendait des gouttes de pluie sur le zinc ; ce temps brouillé le rendit tout mélancolique : "  si je me rendormais encore un peu pour oublier toute ces bêtises ", pensa-t-il, mais c'était absolument impossible : il avait l'habitude de dormir sur le côté droit et ne pouvait parvenir dans sa situation présente à adopter la position voulue. Il avait beau essayer de se jeter violemment sur le flanc, il revenait toujours sur le dos avec un petit mouvement de balançoire. Il essaya bien cent fois, en fermant les yeux pour ne pas voir les vibrations de ses jambes, et n'abandonna la partie qu'en ressentant au côté une sorte de douleur sourde qu'il n'avait jamais éprouvée.

" Quel métier, pensa-t-il, quel métier suis-je allé choisir ! Tous les jours en voyage ! Des ennuis pires que dans le commerce de mes parents ! et par-dessus le marché cette plaie des voyages : les changements de trains, les correspondances qu'on rate, les mauvais repas qu'il faut prendre n'importe quand ! à chaque instant des têtes nouvelles, des gens qu'on ne reverra jamais, avec lesquels il n'y a pas moyen d'être camarade ! Que le diable emporte la boîte. "  
Extrait de La Métamorphose (1915) Franz Kafka (1883-1924)