samedi 23 août 2014

Gilgamesh et Shéhérazade


 Gilgamesh et Shéhérazade

Gilgamesh  dans les textes sumériens anciens est un personnage héroïque de la Mésopotamie antique, roi de la cité d'Uruk où il aurait régné vers 2650 av. J.-C..
Il est le personnage principal de plusieurs récits épiques, dont le plus célèbre est l'Épopée de Gilgamesh, qui a rencontré un grand succès durant la Haute Antiquité.

(Wikipédia) 

Schéhérazade est un personnage de fiction et conteuse du livre des Mille et Une Nuits. Le noyau de ces histoires est formé par un ancien livre persan nommé Hazār-afsāna (Les Mille contes).

(Wikipédia) 

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Gilgamesh comme Schéhérazade sont en fait des héros de textes issus d'une longue tradition orale avant d'avoir été écrits.

le pays de Schéhérazade, la Perse antique.


 le pays de Gilgamesh, Sumer et la ville dont il fut le premier roi, Uruk ou Ur.

en fait tous les deux viennent de :



La Mésopotamie

3000 av JC une civilisation est parvenue à un sommet qu'il semble que nulle autre n'ai jamais atteinte,la civilisation égyptienne.

Pourtant les habitants de Sumer ou de l'Irak antique dont la terre était baignée par le Tigre et l'Euphrate semblent les avoir devancé, d'après des fouilles, alors que les habitants de l'Egypte étaient encore de simples pêcheurs qui vivaient dans des huttes,les habitants de la vallée de l'Euphrate vivaient dans de grosses bourgades,y construisaient des tours et de temples de briques ornés de mosaïques et de fresques,ils avaient acquis une bonne maitrise de la taille des pierres,dans la métallurgie et la poterie,les sumériens avaient appris à construire des digues des barrages et canaux d'irrigation qui servaient de voies de communication etc... (source)
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 ils viennent de cette Mésopotamie qui a conçu la civilisation gréco-romaine qui a elle-même conçu la "civilisation occidentale".

nous pouvons dire sans nous tromper que l'épopée de Gilgamesh et la lutte de Shéhérazade sont les deux plus vieux textes fondateurs de notre civilisation.

ensemble, mis côte à côte, ils représentent  les plus vieilles traditions orales mises par écrit qui nous soient parvenues d'un passé qui a plus de 6000 ans !

je pense qu'il est bon d'écouter le message de ces ancêtres, si lointains mais si proches. 

que nous dit Gilgamesh ? il nous assène une vérité vraiment terrible : nous ne sommes pas immortels et nous n'avons aucun moyen de le devenir. c'est en même temps une malédiction et le gage de la sagesse.

Gilgamesh avait un ami, qu'il considérait comme son frère, qu'il perdit au combat.
fou de douleur et de rage contre sa condition humaine, il se lança dans la quête de l'immortalité.
pour ce faire, il traversa des contrées arides et hostiles aussi bien qu'ensoleillées et accueillantes, rencontra des humains heureux, malheureux, riches pauvres, malades, en bonne santé qui vivaient tous de manière différente et desquels il apprenait les coutumes en passant dans leur village.
jamais Gilgamesh n'abandonna sa quête, il vieillit pendant son voyage, se fatigua mais alla jusqu'au bout de la Terre, au bout du monde n'oubliant pas un seul instant qu'il devait trouver l'immortalité.
au bout de la Terre, il comprit après une longue discussion avec un vieillard "sage" qu'il resterait mortel. qu'avait-il gagné, lui qui n'avait pas atteint son but ? la sagesse.

il revint vieux dans sa ville, Uruk ou Ur, et devint le premier et le plus sage et savant de tous les rois de Sumer.
il construisit la première ville fortifiée de l'histoire de l'homme. une ville où les céréales furent conservées pour la première fois dans des silos à grains pour éviter la disette des années de mauvaise récolte.
ils construisit des voies d'accès vers et dans sa ville formées par de petits canaux navigables, ce qui permettait de ravitailler la population de façon homogène et ce commercer avec l'extérieur de la cité protégée.

Gilgamesh fut considéré comme le Roi de Sagesse qui donna sécurité et opulence à son peuple.
l'histoire dit que ses obsèques furent grandioses.

et nous ? vous allez me dire, maintenant qu'"il y a l'homme augmenté". je vous répondrais : "l'homme est un tout. l'homme vit dans un microcosme qu'il nomme la Terre et qui se meurt".

non, nous ne deviendrons jamais "immortels", la science est arrivée, semble-t-il au bout de ses possibilités.

"et si je mets mon cerveau sur un disque dur et que je me clone" ? "ton corps sera neuf mais sans reproduction infinie possible, ton esprit entrera dans ce corps de façon artificielle or, nous savons que le corps et l'esprit vivent ensemble dans un même temps et espace. 

pour être immortel nous devons changer d'espace temps. un jour, peut être. mais tant que nous serons sur la terre à un instant donné, nous sommes appelés à la quitter". 

je suis comme Gilgamesh, je suis prête à faire le tour de cette planète pour trouver la potion d'immortalité mais je crains qu'au bout du voyage il ne me reste que les souvenirs, les rencontres, les amis, les expériences et, si tout va bien, un grain de sagesse supplémentaire. 

(bien sur, il me restera toujours le botox !)

que nous dit Shéhérazade ?

elle nous apprend de son côté que la vie n'est rien sans son récit. elle nous dit clairement que pour rester en vie, nous devons raconter cette vie avec cohérence.
si l'auditeur ne suit plus le fil de l'histoire, si le récit n'est pas construit, nos vies sont en danger.

elle nous dit que seule l'imagination nous sauvera. elle nous dit que l'imagination doit être débordante et cohérente à la fois et doit prendre la forme d'un récit structuré afin que nous ayons envie de connaître la suite et la fin.

un récit imaginaire, cohérent et structuré, qui débute et finit.

(N.B. : les lecteurs attentifs auront compris les racines de la publicité !)

ce qui est important pour vivre et survivre n'est pas la réalité du coutelas menaçant qui forcerait à ci ou ça. non, ce qui est important c'est donner du sens à ce qui n'en pas pas au départ, c'est de fabriquer un puzzle et de l'assembler en produisant un récit cohérent du vécu, y compris quand celui-ci nous met face à un coutelas.

(lire ou relire la "vie Mode d'emploi" de Perec)

le récit abolit la violence.

de plus Shéhérazade achète sa vie. elle paye sa survie non pas en mots mais en phrases.
avec Shéhérazade l'humanité abandonne pour toujours les borborygmes pour entrer dans l'histoire.
Shéhérazade est "l'homme debout". 

"au début était le verbe". 

Shéhérazade assemble et modèle le verbe. elle lui dédie un autel majestueux sur lequel elle assemble à l'infini les sons pour nous offrir des "histoires", un sens, un début et une fin.

sur cet autel, elle dépose sa vie et l'imaginaire peut rencontrer la cohérence, créant et recréant sans cesse des fils, des liens, des nœuds entre réel et rêve, espoir et folie, amour et cruauté, coutelas et amour.

à la fin l'amour, la beauté et l'intelligence prennent le pas sur la violence et le pouvoir.

le verbe a gagné et ce n'est pas utile que je le précise.

Gilgamesh et Shéhérazade sont nés au même endroit. ils ont lutté pour la même chose, leur vie.
ils nous parlent de nous. 
je les aime. Shéhérazade ne m'a jamais quittée, depuis mon enfance.

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il me semble que depuis quelques années et ceci va en s’accélérant, le monde dans lequel nous vivons, notre réalité sociale, a perdu le fil de son récit.

"le story-telling", cher à tous les manipulateurs et ce, dans tous les pays, ne fonctionne plus.

les "Maîtres" ne sont plus capables de nous offrir une vision, certes imaginaire, mais lénifiante, qui permette la cohésion sociale.

en l'absence de ce récit qui explicite le pourquoi nous sommes tenus de vivre ainsi et pas autrement, qui donne du sens à nos efforts, la "société" se délite.

nous allons donc retourner dans ce mouvement à l'âge de pierre.

c'est pour cela que je tenais à vous parler de Gilgamesh et de Shéhérazade.
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(le Calife, qui lui aussi vit en Mésopotamie, représente, pour moi, le seul "story-telling" qui puisse rassembler de nombreuses âmes en quête de sens dans ce monde à l'agonie où le "no-Future" est roi.

c'est ce qui fait son immense dangerosité. ce n'est pas rien, au contraire c'est tout.)