mardi 25 mars 2014

comment la « troïka » vend l'eau des pays aux entreprises privées.



Comme condition de l’aide financière apportée par la « troïka », la Grèce s’est vue imposer des mesures d’austérité drastiques et la privatisation de plusieurs entreprises publiques.
Parmi celles-ci, les compagnies de l’eau d’Athènes et de Thessalonique – deux entreprises rentables que personne, localement, ne souhaite voir passer sous le giron du privé.
En Espagne, au Portugal, en Italie, en dépit de la volonté des citoyens et, le plus souvent, des élus eux-mêmes, la privatisation de l’eau est revenue à l’ordre du jour .
 les responsables européens ont concrètement profité de la crise pour promouvoir, de manière souterraine, la privatisation de l’eau comme solution aux problèmes budgétaires des États et des collectivités locales du continent.
En Grèce, la privatisation des services de l’eau des deux principales villes grecques, Athènes (EYDAP) et Thessalonique (EYATH), a été exigée par la « troïka » dans le cadre du traitement de choc socio-économique infligé à un pays en pleine crise financière.
La troïka, au sein de laquelle sont associés Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international, mais qui fonctionne de manière aussi autonome qu’opaque, a imposé à la Grèce une série de « conditions » pour le versement des tranches successives de l’aide financière internationale – parmi lesquelles une réduction du nombre de fonctionnaires et la cession au privé d’innombrables propriétés et entreprises publiques. La mise en œuvre de cette politique a entraîné, pour les Grecs, une diminution dramatique de leur niveau de vie et de leur accès aux services essentiels, notamment dans le domaine de la santé. Selon ses opposants, la privatisation des services de l’eau de Thessalonique et d’Athènes ne peut que marquer un nouveau recul, au bénéfice exclusif d’intérêts commerciaux (grecs ou internationaux), aux dépens des citoyens grecs et, en dernière instance, de la démocratie.
La crise de l’euro, une aubaine pour Suez environnement ?
Du côté de Suez environnement, on s’est ouvertement réjoui des « opportunités » ouvertes par la crise des finances publiques en Europe du Sud. À travers sa filiale espagnole Agbar, le groupe français a ainsi cherché à prolonger et étendre ses contrats de gestion de l’eau et de l’assainissement à Barcelone et en Catalogne, dans des conditions problématiques sur le plan juridique. Suez environnement a également renforcé son implication dans Acea, firme italienne en charge de l’eau et de l’électricité de Rome et impliquée dans la gestion de l’eau et de l’assainissement de plusieurs villes du Latium et de Toscane. Objectif ? Créer progressivement un « troisième pilier » pour le groupe en Italie, aux côtés de ses marchés historiques français et espagnol. Et tant pis si, lorsqu’ils ont été consultés par référendum, les Italiens aussi bien que les Espagnols se sont massivement prononcés contre la privatisation de l’eau.
Au terme de l’appel d’offres lancé début 2013, les deux consortiums encore en lice pour racheter les parts de l’État grec dans le service d’eau de Thessalonique sont celui emmené par Suez environnement - que tout le monde semble considérer comme grand favori - et un autre conduit par Mekorot, la compagnie israélienne de l’eau.
Les opposants à la privatisation de l’eau, réunis sous la bannière de la coalition Save Greek Water, ont également dénoncé dans une lettre ouverte les encouragements apportés par François Hollande au programme grec de privatisation de l’eau, sous prétexte qu’il pourrait profiter à des entreprises françaises.
Rien n’y a fait : ni Suez ni Mekorot ne se sont retirées du processus.
De manière générale, la firme israélienne, plutôt nouvelle sur la scène internationale de la privatisation de l’eau (même si elle s’est retrouvée au centre de nombreuses controverses sur l’accès à l’eau dans les territoires occupés et le traitement discriminatoire réservé aux Palestiniens), semble avoir choisi de maintenir un profil bas, par contraste avec l’activisme dont a fait preuve Suez.
Les exigences formulées par la troïka procèdent en effet d’une logique contestable puisque, sous couvert de réduire le train de vie de l’État grec, on lui impose de vendre ses entreprises les plus « intéressantes » sur le plan économique : ce sont évidemment les seules qui peuvent attirer les investisseurs. Le programme de privatisation voulu par la troïka, qui a déjà mené à la vente au plus offrant de nombreux actifs (ports, mines, etc.), s’est néanmoins heurté à des difficultés importantes pour ce qui est des plus gros « joyaux ». Le tout sur fond d’opposition jamais démentie de l’opinion publique grecque.
Les deux principales entreprises à vendre étaient l’entreprise gazière DEPA et la loterie nationale OPAP. La vente de la première a été repoussée suite au retrait de l’acquéreur pressenti, le russe Gazprom, auquel on n’avait apparemment pas offert des conditions assez favorables. La seconde opération a bien eu lieu, mais donne aujourd’hui lieu à une série de scandales et de procédures judiciaires impliquant les fonctionnaires et les responsables de la TAIPED.
La Grèce a également vendu son réseau de gaz à l’entreprise publique de pétrole et de gaz de l’Azerbaïdjan et s’apprêterait à vendre son réseau d’électricité. D’autres privatisations envisagées, dans le domaine des aéroports, de la métallurgie ou de l’armement, progressent lentement du fait de la réticence de certains hommes politiques et de l’opinion publique.
Au-delà des cas médiatisés de vente du patrimoine national à des intérêts « étrangers », les milieux d’affaires grecs sont souvent les premiers bénéficiaires de cette politique de privatisation. Dans le cas de l’eau, les consortiums internationaux en lice sont étroitement associés à des entreprises grecques proches du pouvoir
Mais il y a peut-être pire. En janvier 2014, le quotidien grec Eleftherotypia/Enet révélait que plus d’une centaine de millions d’euros de travaux étaient prévus pour rénover le réseau d’eau et d’assainissement de Thessalonique avant qu’il soit transféré au secteur privé – un véritable cadeau au futur repreneur, financé à hauteur de 75% par le fonds de cohésion de l’UE et à 25% par l’État grec, presque équivalent au prix de rachat !
Selon les syndicats, suite au passage au statut de société anonyme, l’effectif d’EYATH serait passé de 700 à 235 personnes, faute de remplacement des départs à la retraite ; la compagnie n’aurait plus aujourd’hui que onze plombiers pour plus de 2300 kilomètres de canalisations. La plupart des travaux sont désormais effectués par des sous-traitants, pour un prix supérieur. La qualité du service et l’état du réseau se sont progressivement dégradés, malgré la hausse du prix de l’eau.
Olivier Petitjean


pour définitivement comprendre ce qu'est la commission européenne, le FMI, les ententes entre entreprises privées, l'absence totale de démocratie, à quoi servent les dettes et les "politiques".

ceci est très important.