jeudi 19 septembre 2013

où ma grand-mère revient

 Chers Lecteurs,

Wendy a une angine. ce qui explique son absence.

pourquoi ? parce qu'elle n'avait plus envie de continuer comme ça. qu'il lui fallait un arrêt. et quel meilleur "arrêt" qu'une ordonnance d'antibiotiques ?

quelle meilleure excuse pour ne rien faire.

je précise, ne rien entendre non plus car je suis sourde comme un pot avec ma tête qui fait du bruit "dedans".

quelle autre technique imparable pour que tout "ça" se passe sans moi ?

l'homme de l'Art a tranché, Wendy restera tranquille. elle enfouira son visage dans son oreiller, allumera la télévision, coupera le son inutile et regardera le monde raconté par d'autres.

sympa ! ne plus entendre sauf le sang dans sa tête, coupée de tout. dans un nuage de sonorités incompréhensibles qui bercent.

ça ne change pas grand chose car en général, le monde raconté par les autres ne ressemble pas à celui dans lequel je vis. il en a toujours été ainsi. ce qui, vous en conviendrez, n'est pas confortable.

mais que dis-tu ? de quoi parles-tu ? pourquoi ?

j'ai passé ma vie a demandé "Pourquoi". sans arrêt. sans vacances de quête. en voulant comprendre "les racines" des évènements, pourquoi on agit comme ci ou comme ça, quels stimuli nous animent ou nous endorment.

au final, j'en suis toujours au même point, le départ. je recommence comme Pénélope l'ouvrage chaque jour.  il n'y a aucune satisfaction au "Pourquoi" des choses.

le "comment" est limitatif. comment broder ? j'apprends, je brode. Pourquoi broder ? je me lance dans la peinture flamande, je regarde ces femmes devisant en brodant, j'aperçois parfois leurs conversations, tout se complique, prend des sens différents, chacun étant lui-même assujettis ou fils du premier, l'arbre produit des branches, des feuilles. je ne brode plus envahi du souvenir des toiles de maîtres, l'aiguille et le fil abandonnés, les livres ouverts. je ne produis plus...je pense et je rêve.

j'ai de la fièvre sinon je n'écrirais pas cela.
je resterais lointaine et sarcastique, détachée et parfois cynique.

la fièvre me rappelle à mon humanité, fait remonter mes émotions.

j'hallucine ma grand-mère qui vient me porter la citronnade au miel sensée me guérir.

elle monte les escaliers avec un plateau. me touche le front, retape les oreillers, me sourit, contente d'elle même, utile et présente.

j'ai chaud, je me tourne vers elle assise sur le bord du lit qui me regarde. sa main effleure la mienne.
je la sens.