jeudi 23 mai 2013

les loups

et :


l'homme est un loup pour l'homme.
Phrase inventée par Plaute (en latin : « homo homini lupus ») dans sa pièce Asinaria en 212 avant J.-C.

« Celui qui a goûté aux autres journées, à ces journées funestes marquées par des crises de goutte ; à ces journées où une névralgie épouvantable, térébrante, venue se loger derrière les prunelles des yeux, jette un maléfice sur toute activité visuelle et auditive, la transformant diaboliquement de joie en torture ; à ces journées d'agonie de l'âme, à ces âpres journées de vide intérieur et de désespoir où, au beau milieu d'un monde détruit, exploité par les sociétés anonymes, l'univers des hommes et leur prétendue culture apparaissent à chaque seconde dans leur splendeur de pacotille, mensongère et vulgaire, grimaçant comme un personnage répugnant dont l'image se concentre dans l'esprit malade jusqu'au comble du désespoir. Celui qui a goûté à cet enfer éprouve beaucoup de satisfaction à vivre des journées normales, en demi-teinte, semblable à celle qui venait de s'écouler. Il est assis, reconnaissant, près du poêle chaud ; en lisant le journal du matin, il constate, reconnaissant, qu’aujourd’hui encore aucune guerre n’a été déclarée, qu'aucune dictature nouvelle n’a été instaurée, qu'aucune affaire particulièrement véreuse n'a été découverte dans le monde politique ou économique ; il accorde, reconnaissant, les cordes de sa vielle rouillée et entame un hymne empreint de retenue, d'enthousiasme modéré, allant presque jusqu'à la gaieté, qui lasse la vague divinité à laquelle il s'adresse, une divinité satisfaite, placide, douce, légèrement étourdie par le bromure. Et, dans cette atmosphère épaisse et tiède d'ennui béat, d'indolence suscitant une immense gratitude, cette vague divinité qui hoche la tête avec lassitude et ce vague être humain qui chante son psaume d'une voix étouffée, se ressemblent comme deux jumeaux. »
— Tiré du premier chapitre du Loup des steppes 


Le Loup des steppes (Der Steppenwolf) est un roman écrit par Hermann Hesse et publié pour la première fois en 1927. Chef d’œuvre de la littérature du XXe siècle, interdit sous le régime nazi.

4 commentaires:

  1. J'ai lu ce texte il y a 20 ans. je n'y ai péché que de l'ennui !

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    1. je te remercie pour tous tes commentaires aussi constructifs les uns que les autres !

      :0))

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  2. C'est quand l'aïd qu'on en finisse !

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Sans Modération.

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