mardi 28 mai 2013

la géologie politique des tuyaux

Nabucco Gas Pipeline

Tracé du gazoduc Nabucco, entre la mer Caspienne et l'Europe occidentale. Il évite le passage par la Russie

... le projet Nabucco, qui vise à diversifier l'approvisionnement en gaz de l'Europe, jugé trop dépendant de la Russie....  Le groupe industriel français GDF Suez, l'un des plus importants groupes énergétiques européens, va entrer dans le projet de gazoduc Nabucco-ouest, qui doit relier l'Autriche à la frontière bulgaro-turque, en passant par la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie, selon le groupe énergétique autrichien OMV.

 Le gaz d'Azerbaïdjan devrait arriver en Europe en 2018.


Il y a deux routes d’approvisionnement en gaz pour l’Europe :
1)      Le gaz d’Asie centrale (azeri).
2)      Le gaz d’Israël

Dans ces deux cas de figures il est facile de comprendre que la première des conséquences est l’affaiblissement de la Russie, via le géant Gazprom.
La deuxième est et sera l’entrée de la Turquie dans l’Europe, la troisième sera la sécurisation de la Route de la Soie (SRS), un couloir, un réseau de transport d’énergie reliant l'Europe occidentale à l'Asie centrale et au Moyen-Orient.
C’est la suite logique du Grand jeu qui se déroule en ce moment au Proche Orient et dont l’objet est le contrôle des ressources gazières sous-marines, ce contrôle portant moins sur l’extraction de la ressource proprement dite que sur son acheminement vers les pays consommateurs.
Et il se trouve que d’importants gisements de gaz ont été découverts dans la région, dans la zone maritime de la Palestine/Israël et à Chypre. (Comme vu sur ce blog.)
C’est l’exploitation de ces ressources qui a dicté le récent rapprochement spectaculaire entre le gouvernement turc et l’état d’Isarël.
Les autorités d’Ankara pensent que la Turquie peut jouer un rôle de puissance dominante dans la région grâce aux performances de l’économie turque et à l’emplacement stratégique du pays, lieu de transit obligé ou presque des ressources en hydrocarbures du Levant et du Caucase destinées aux marchés européens.
De plus, dans les eaux israéliennes, le champ gazier de Tamar, découvert seulement en 2009, recèlerait 250 milliards de mètres cube de gaz et est le plus petit des deux champs gaziers sous-marins d’Israël, le plus gros étant Léviathan dont les réserves sont estimées à 425 milliards de mètres cube mais qui n’a pas encore été développé.
Les deux principaux partenaires dans l’exploitation du champ gazier, l’entreprise texane Noble Energy et la société israélienne Delek Energy, seraient en train d’essayer d’obtenir le feu vert du gouvernement israélien pour exporter la plus grande partie du gaz, étant donné que la demande en Israël est insuffisante rentabiliser le développement de Léviathan.
C’est à ce stade que la Turquie, qui est déjà un espace de transit énergétique important pour le pétrole de la Caspienne et d’Irak, et qui a consolidé sa position grâce à des accords pétroliers récents avec le Gouvernement Régional du Kurdistan dans le nord de l’Irak, entre dans le «Jeu » en tant qu’acteur essentiel. La Turquie est un pays qu’Israël ne peut évidemment ignorer dans sa démarche visant à trouver la route la plus rentable pour exporter son gaz.

rappel :

La Stratégie de la Route de la soie américaine est définie comme un « système de sécurité trans-eurasien ». La SRS en appelle à la « militarisation du couloir eurasien » comme partie intégrante de la « Grande stratégie » (« Great Game »). L'objectif, tel qu'il est formulé dans le cadre du projet de loi concernant la Stratégie de la Route de la Soie de mars 1999, consiste à développer un empire économique américain tout le long d'un vaste couloir géographique.

Bien que le projet de loi SRS de 1999 (HR 3196) ait été sanctionné par la Chambre des représentants, il n'est jamais entré en vigueur. Malgré ce recul législatif, la Stratégie de la Route de la soie est devenue, sous le gouvernement Bush, de facto la base de l'interventionnisme US et de l'OTAN, ce essentiellement en vue d'intégrer les anciennes Républiques soviétiques du Caucase du Sud et de l'Asie centrale dans la sphère d'influence des États-Unis.

La mise en œuvre réussie de la Stratégie de la Route de la soie nécessite la « militarisation » de l'ensemble du corridor eurasien depuis la Méditerranée orientale jusqu’aux frontières communes de la Chine occidentale et de l'Afghanistan, comme moyen de s'assurer du contrôle des importantes réserves pétrolières et gazières, ainsi que pour « protéger » les pipelines et les couloirs de commerce.
gisements méditerranéens.

on voit bien que le "cas syrien" est bien embêtant. affaiblir la Russie, c'est aussi affaiblir l'Iran, et...la Syrie !

les différents gazoduc.

de plus, je le répète, l’Azerbaïdjan et l’État d'Israël entretiennent d'excellents rapports. ce qui est plus commode quand on est deux pays exportateurs de gaz vers la même région, l'Europe !

 Israël a commencé à cultiver des relations étroites avec Bakou en 1994, lorsque l’entreprise israélienne de télécommunications Bezeq avait acheté une part importante de la société nationale de téléphonie. En 1995, le marché azerbaïdjanais était plein de biens israéliens: «Les glaces Strauss, les téléphones portables produits par Motorola en Israël, la bière Maccabee et les autres exportations israéliennes sont partout», écrivait un journaliste israélien dans le Jerusalem Post.

 Des entreprises israéliennes «ont construit et gardent les grilles autour de l’aéroport international de Bakou, surveillent et aident à protéger les infrastructures pétrolières azerbaïdjanaises, et s’occupent de la sécurité lors des visites du président azerbaïdjanais à l’étranger», selon une étude publiée par Ilya Bourtman dans le Middle East Journal.

certains notaient que que l’Azerbaïdjan partageait des données confidentielles sur l’Iran avec Israël, tandis que Murinson évoquait la possibilité que les Israéliens aient mis en place des stations d’écoute électronique le long de la frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Iran. 

la Chine, l'Iran, la Russie dans un "bloc à part". ou plutôt la Chine dépendante des routes des transports d'énergies sécurisées par les américains ?
je pencherais plutôt pour la deuxième "vision" géologiquement politique.

des liens par centaines 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12 

et pour finir ces histoires de transports gaziers, celle-ci, ci- dessous, où finalement tout s'explique avec des tuyaux :



L’idée est d’acheminer, via le Niger et le désert algérien, les ressources gazières du Nigeria (région de Warri) vers les ports algériens. Des connexions aux réseaux déjà existants en Algérie sont prévues et devraient ainsi permettre l’exportation du gaz vers l’Europe. Les réserves gazières du Nigeria sont les septièmes de la planète (180 000 milliards de mètres cubes) et le delta du Niger est plus proche du centre de l’Europe que les gisements sibériens.
Ce projet de « Trans-Saharan Gas Pipeline » (TSGP) s’inscrit dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), lancé en 2001 par l’Union africaine dans le but de favoriser la mise en place d’un cadre socio-économique et stratégique intégré de développement de l’ensemble du continent africain. Long de quelque 4 300 kilomètres (dont 1 300 au Nigeria, 700 au Niger et environ 2 300 sur le territoire algérien), ce gazoduc devrait transporter annuellement entre 20 et 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel……
…..Reste que la construction du gazoduc est ponctuellement menacée par des groupes armés agissant dans la région pétrolière du Nigeria. source

je regrette que nous soyons tous frappés de pertes de mémoire.



gazoduc transsaharien



on pourrait presque prédire la fin de l'histoire...
 


 

6 commentaires:

  1. oh la merci Wendy pour tous ce travail, toute ces sources.. beaux boulot .

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    1. merci à toi ! ça me fait grand plaisir !

      ironiquement je dirais que ce billet sera moins lu que d'autres....nettement moins intéressants....

      c'est ainsi !

      c'est vrai qu'en suivant les "tuyaux", j'en ai beaucoup appris ! mais ces histoires de gaz peuvent être "pénibles" à lire....pas du tout marrantes.

      pourtant tellement instructives !

      en fait il n'y a pas de "complot". tout est là !

      mais peut être est-il plus simple de ne rien vouloir voir ou comprendre...

      je ne sais pas.

      merci encore pour ce commentaire.

      des bizzzzzzzzzous, ce qui reste l'essentiel !

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  2. Il faut suivre le tuyau ........ sale temps pour l'Algérie et pour tous ceux qui seront sur les tracés.

    Tout ça pour plus de bagnoles, de telephones, de médocs, de vacances....



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    1. un genre de printemps des tuyaux.

      on peut surveiller le temps mis à implanter des "démocraties", tout du long....

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  3. Merçi trés instructif !Le terrorisme suit la route des tuyaux! CQFD

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