mercredi 17 avril 2013

les damnés de la terre et ceux qui l'exploitent

 

Les profits des négociants de matières premières dépassent ceux des banques

 

Les chiffres donnent le tournis. Les vingt plus gros négociants de matières premières au monde ont empoché près de 250 milliards de dollars (191 milliards d'euros) au cours de la dernière décennie, devant les géants du secteur automobile (179 milliards d'euros sur la même période de 2003 à 2012 pour Toyota, Volkswagen, BMW, Renault et Ford) et bancaire (171 milliards d'euros pour JPMorgan, Goldman Sachs et Morgan Stanley).

Les négociants, pierre angulaire des échanges mondiaux de matières premières, font traditionnellement le lien entre producteurs et consommateurs. Pourtant leurs noms (Glencore, Vitol, Trafigura, Gunvor, Cargill, Archer Daniels Midland, Louis Dreyfus, Wilmar, Noble, Mitsubishi, Mitsui) ne sont pas encore connus du grand public.

  les revenus des dix plus gros négociants en 2012 tournent autour de 916 milliards d'euros, soit l'équivalent du PIB de la Corée du Sud. Toutes ces données, compilées par le Financial Times, dessinent un paysage impressionnant

 Cette étude montre que la période de croissance, commencée en 2000 quand les profits cabotaient vers 1,6 milliard d'euros, reflète de plus en plus l'expansion des pays émergents, Chine en tête

  Singapour, qui offrait déjà, sous certaines conditions, un taux presque imbattable de 5 % d'imposition, voit son offre fiscale concurrencée par Shanghaï, Hongkong et Kuala Lumpur dans la course aux marchés émergents. Ces destinations sont synonymes d'une optimisation fiscale forcenée : selon le FT, les négociants s'en sortent avec un taux d'imposition compris entre 5 et 15 % grâce à des implantations choisies sous les auspices cléments que sont la Suisse, Chypre, les Pays-Bas ou Singapour.

 L'envolée des prix de 2009 aidant, les profits ont été multipliés par presque 120 en douze ans. Selon le département américain de l'agriculture, les échanges de céréales ont bondi de 20 % entre 2001 et 2010, contre moins de 2 % sur les dix années précédentes et une baisse de 0,9 % entre 1981 et 1990.


Et le FT de rapporter les inquiétudes d'un membre de la Banque centrale canadienne, Timothy Lane, soulevant la possibilité que "certaines de ces institutions soient en train de prendre une importance systémique". En d'autres termes : mettent en danger l'écosystème financier des matières premières.
"L'importance croissante du secteur lance d'autres défis sérieux, notamment en rapport avec les droits de l'homme et la situation environnementale dans les pays exportateurs, la lutte contre la corruption et le phénomène dit de 'la malédiction des matières premières dans des pays en développement'. Des risques pour la réputation de certaines entreprises et de la Suisse elle-même sont liés à ces défis", reconnaît même le très prudent Conseil fédéral.